Tour des Annapurnas : rencontres au sommet

Après une brève escale dans la capitale, nous avons rallié Pokhara, cité tranquille plus à l’Ouest de Katmandou, où nous avons organisé notre aventure autour des Annapurnas. Ce trek de 12 jours nous a fait découvrir cette immense chaîne de montagnes enneigées avec également la vue sur 2 autres sommets de plus de 8000m. Un beau périple au cœur d’une autre région du Népal avec de belles rencontres en chemin.

 

Pokhara
Après notre belle aventure montagnarde dans le Khumbu à la rencontre de l’Everest et autres collinettes de plus de 7000m (sic !), nous sommes rentrés dans la bouillonnante Katmandou. Mais le bruit et la pollution qui y règnent nous ont assez vite convaincu de ne pas nous y attarder. Nous avons donc pris un billet pour la sereine Pokhara et le calme réputé de son lac. Au petit déjeuner, nous faisons la rencontre de 2 Hollandais, Jop (prononcer [yop]) et Thÿs (prononcer [taïss]). Ces 2 copains partent faire le trek autour des Annapurnas tout comme nous et nous avons réservé le même bus.
Le trajet de 6h est un peu fastidieux, faute tant à la qualité de la route et du bus qu’à un trafic des plus intense. Heureusement, il est égayé de moult pauses restauration dans des bouibouis à touristes de bords de routes. Pokhara offre un vrai bol de fraicheur, non par la température des plus clémente mais par le cadre plus serein et préservé que l’urbaine capitale.

 

Nous ne tardons pas à prendre nos quartiers dans l’hôtel réservé, emmenant au passage nos 2 comparses, ravis de trouver un gîte agréable à faible coût. Nous passerons les 3 jours qui suivent à flâner dans cette ville paisible à l’ambiance détendue, un peu ‘peace’n love’. Le lieu est idéal pour se détendre avant de partir à l’assaut des sentiers. Nous ne nous en privons donc pas, passant de bons moments avec nos copains autour d’une bière ou deux à déguster les chicken butter masala, naans & rotis (classique indien indémodable). Puis, un peu endormis par le rythme de la douce Pokhara, mais surtout devant réaliser le renouvellement de notre visa pour un mois de plus, nous ne partons pour le trek que 2 jours après Jop & Thÿs.

J1 : Pokhara -> Besi Sahar -> Jagat
Tout commence, une fois n’est pas coutume, par un bus. Nous arrivons assez tôt au terminal et bien nous en a pris : le bus se révèlera bondé, avec moult personnes assises sur strapontins dans le couloir central afin de caser 40 personnes dans un bus de 28 places… Le vrai Népal, pudique, commence tout juste à révéler son authentique visage !

Vue depuis le toit de notre hôtel : c'est la chaîne des Annapurnas
Vue depuis le toit de notre hôtel : c’est la chaîne des Annapurnas
Terminal de bus, avec une vue splendide
Terminal de bus, avec une vue splendide

Le trajet se révèle un peu cahoteux, à travers les vertes campagnes, mais nous ne nous plaignons pas : nous, au moins, avons-nous une ‘vraie’ place !! L’arrivée à Besi Sahar, point de départ principal du trek, se fait dans un joyeux cafarnaeum. Entre les chauffeurs de jeeps proposant tous une destination et un prix différents et les touristes fraichement débarqués, la rue est vite envahie de palabres. Dans ce souk, nous rencontrons opportunément 3 israéliennes intéressées par la même destination : nous regrouper doit permettre de négocier un meilleur tarif. Aussi, les suivons-nous lorsqu’elles décident de manger un morceau avant de prendre la jeep. Nous sommes cependant très vite déconcertés lorsqu’à table, personne ne nous adresse la parole. Les israéliennes parlent entre elles puis avec 2, puis 4 autres compatriotes les rejoignant. Pas un regard, ni une question pour nous, bien que tous ne soient pas avares de mots lorsqu’il s’agit d’Hébreux. On est comme invisibles ! Bizarre… Le repas terminé, nous reprenons la recherche d’un transport à prix raisonnable. Après moult tergiversations, ces palabres étant délicates et fatigantes, je crois trouver la perle rare : un transport pour 9 personnes (7 israéliens + 2 français) pour 1000 roupies/pers. Ravi, voilà pas que sonne le glas de mes espoirs, par la voix de notre rencontre israélienne : « non, je ne voyagerai pas à l’arrière d’une jeep, c’est trop poussiéreux ». Pauvre chérie, si t’aimes pas la poussière, faut pas faire de trek, et encore moins habiter en Israël ! J’hallucine !… Et dois me résigner à passer pour un toquard qui ne sait pas ce qu’il veut auprès du chauffeur… Bref, nous voilà repartis pour un énième round de discussions avec les conducteurs de jeep, dont ma tête leur est désormais connue… Tout ça pour découvrir que les israéliennes m’ont fait un petit dans le dos et vont partir avec 3 de leurs compatriotes sans se préoccuper de nous le moins du monde… La classe ! On se retrouve donc le bec dans l’eau. La situation n’est guère agréable et l’horloge tourne, aussi l’on se fixe un ultimatum : dans 45min, quel que soit notre moyen de locomotion, on s’en va. On finit par en trouver un, à court d’envie et de calme, au bout de 40 min… La jeep nous mènera en 2h de tape-cul intense, entre incessants nids de poule, omniprésente poussière et flot ininterrompu de paroles d’une touriste allemande, au village de Jagat. Non seulement c’est à 3h de marche de notre destination initiale mais en plus le chauffeur nous réclamera 50% de plus que le prix fixé à Besi Sahar, n’hésitant pas à assortir à son argumentaire creux un comportement de gosse capricieux et colérique. Claire finira par lui acheter la paix sociale… Peu enclins à marcher, nous trouvons sur place un gîte agréable où se détendre après une première journée un peu rude.

Entrée dans le PNR des Annapurnas... ...par la route !
Entrée dans le PNR des Annapurnas… …par la route !

J2 : Jagat -> Timang
Notre première étape de marche commence sur la piste en travaux dont nous suivrons le tracé peu ou prout durant 2 jours. En effet, depuis quelques années, le tour des Annapurnas est notablement modifié par l’apparition de cette ligne de vie. Si elle amène de nombreuses commodités aux locaux dont électricité, eau courante, réseau…, elle n’en défigure pas moins le paysage et chamboule le trek. Celui-ci se déroule très souvent sur ladite piste, fréquentée par de nombreux transports (camions, jeeps, motos,…) d’où une randonnée très poussiéreuse pas toujours agréable. L’environnement est cependant dépaysant, car l’on remonte un étage de végétation subtropical orné de bananiers et égayé par de belles cascades.

 

Les reliefs sont parfois coupés au couteau et la vallée de la rivière Marsyangdi, si elle n’offre pas de vue sur les hauts sommets, nous immerge dans un poumon de verdure. La progression se fait à bon rythme lors d’une longue première journée (près de 25km).

 

Pause repas bien méritée : des lasagnes à la Népalaises !
Pause repas bien méritée : des lasagnes à la népalaise !

Le final se raidit, par des marches où nous pouvons observer de jolis singes qui s’amusent dans les arbres. L’arrivée à Timang est bienvenue, après une bonne heure à crapahuter dans des sous-bois ayant revêtu leur robe automnale.

Ultime pont de singe de la journée, juste avant Timang
Ultime pont de singe de la journée, juste avant Timang

Nous arrivons dans ce petit village perché, niché au creux d’un immense cirque de hautes montagnes saupoudrées de neige fraîche. Nous allons dans un des premiers lodges, ravis de pouvoir prendre une bonne douche chaude au gaz (ce qui fait toute la différence ici pour être sûrs que la douche soit chaude) avant de se restaurer copieusement. La lessive est aussi de la partie vue la quantité de poussière avalée. Ce sera notre rituel quasi-journalier.

J3 : Timang -> Upper Pisang
Tout comme la veille, nous remontons la piste et prenons au maximum les raccourcis en réduisant la distance. En effet, ces journées sont assez chargées, avec 24 km/j et un dénivelé positif substantiel. Les villages le long de la piste s’enchaînent, toujours un peu plus en altitude. La vallée offre toujours ses merveilles vertes et de jolies cascades. On est à basse altitude et règne ici l’omniprésente influence Hindou. Nous continuons à un bon train, doublant de nombreux groupes et individuels.

 

Peu avant notre destination, la vue s’ouvre enfin et nous découvrons le gigantesque versant Nord du massif. Il s’agit des Annapurnas II et IV (respectivement 7937m et 7525m), aux faces impressionnantes. La plaine précédant Pisang permet d’en apprécier les dimensions toutes Himalayennes. Dur d’imaginer une voie dans pareille muraille !

 

 

 

Upper Pisang est un petit village perché, encore inondé de soleil lors de notre arrivée. Nous trouvons par chance un lodge familial tout neuf à l’accueil chaleureux. Après notre combo douche lessive, nous pouvons savourer le poêle avec un bon bouquin (White Tiger pour ma part : je recommande).

J4 : Upper Pisang -> Manang
Cette journée commence fort, avec la découverte du monastère de Pisang qui offre une vue imprenable sur les géants Annapurnas tout proches. Avec le son des cloches et les drapeaux au vent, l’ambiance tibétaine nous envahit dans un cadre sensationnel. C’est un moment fort, un peu initiatique, marquant notre entrée en altitude et avec elle la vraie transition entre hindouisme et bouddhisme.

 

 

Nous traversons à flanc durant une heure paisible avant d’avaler un bon raidillon nous emmenant sur un nouveau promontoire d’où les faces continuent d’en imposer. Un petit nouveau nous apparait alors, l’Annapurna III (7555m). La pause sucrée est vraiment très belle.

 

 

 

Nous continuons de monter progressivement puis redescendons vers un village où nous mangeons un bout avant de poursuivre.

 

Ngawal et sa vue fabuleuse sur Gangapurna et consorts
Ngawal et sa vue fabuleuse sur Gangapurna et consorts

 

C’est en dents de scie : descente puis remontée raides se suivent pour nous mener sur un petit plateau d’où nous replongeons sur Brakha.

 

 

Nous accélérons le pas sur la fin car les trekkeurs sont nombreux sur cette portion et nous craignons de ne pas avoir de logement à Manang. Crainte injustifiée car nous trouvons une très bonne adresse, un hôtel – boulangerie où nous ne nous sommes pas privés de goûter aux spécialités locales…

J5 : Manang -> Tilicho BC
Nous partons tôt ce matin car l’étape monte en altitude et sera encore un peu longue (>20km encore). Nous faisons vite une macabre rencontre, croisant le cadavre éventré d’une biche sur la piste ?!

 

Nous poursuivons dans un froid piquant, entre ponts suspendus et sentier poussiéreux, puis nous octroyons une pause thé à Kangshar, dernier village avant notre destination. Quel n’est pas alors notre étonnement lorsque nous voyons le sosie de Jop passer devant nous avec un groupe. Mais cela ne peut être lui : d’une il a 2 jours d’avance sur nous et de deux il voyage avec Thÿs et non seul. Nous partons peu après ce groupe, découvrant au sortir du village un yak les 4 fers en l’air, raide mort… Décidément !

 

Puis nous les rattrapons : pour cause qu’il ressemble à Jop, car c’est lui ! Il est avec 2 filles, Michèle & Martina, Hollandaises également et 2 gars, Ben & Jared, Australiens. Thÿs et Sam, un autre Hollandais (décidément !) ont quant à eux choisi la haute route. Nous pouvons marcher avec Jop aujourd’hui et savoir ce qu’il s’est passé pour lui et qui sont ces gens qui les accompagnent. Nous ne le savons pas alors, mais nous allons passer toute la suite du trek ensemble. Jop nous raconte qu’ils ont pris un jour de repos et qu’il a été malade une journée, d’où le fait que nous l’ayons rejoint. Et il est bien agréable de marcher ensemble. Bon, en pratique, avançant à bon rythme, on les lâche au bout d’une demi-heure, après une petite pause à un monastère abandonné, car l’on est inquiet de ne pas trouver de place pour dormir à Tilicho BC.

Monastère abandonné avec vue de fou
Monastère abandonné avec vue de fou

 

Nous poursuivons et réalisons la looongue traversée à flanc de montagne, au milieu d’impressionnants éboulis, à bon pas, doublant moult groupes, pour arriver au plus tôt.

 

 

Mais cela ne suffit pas : tout le monde semble avoir réservé… sauf nous ! Ce sera donc nuit dans le réfectoire… Étant au final arrivés fort tôt, nous avalons notre plat de pâtes avant de plonger dans nos livres respectifs sous la douce chaleur du soleil, jetant de temps à autre un œil vers les hautes cimes qui nous dominent, Roc Noir en tête.

 

La journée passe paisiblement puis Jop et Martina passent nous voir et converser autour d’un thé chaud. Ils commencent à être inquiets pour Thÿs et Sam qui ne sont pas encore rentrés. Puis nous dinons avant de nous installer dans le réfectoire pour la nuit avec les porteurs et autres retardataires. C’est un joyeux dortoir improvisé où, entre poêle encore chaud et couettes, nous n’aurons pas froid malgré les vitres brisées…

Extinction des lumières imminente !
Extinction des lumières imminente !

J6 : Tilicho BC -> Tilicho Lake -> Shri Karka
Alors que nombre de trekkeurs se lèvent avant l’aube, par un froid mordant, pour aller voir le lever du soleil, nous somnolons quelques heures de plus. Pas question pour nous de partir aux aurores à la frontale. Nous rejoignons le groupe, désormais au complet, pour prendre un petit déj’ ensemble. S’il est agréable d’être en groupe, l’inertie associée n’a rien de sexy… Arrivés à l’heure à 6h30 dans leur hôtel, on ne partira qu’à 8h15 !! Bref, nous partons ensemble pour 1000m de dénivelé jusqu’au lac. Le paysage est  magnifique.

 

Nous apprécions le premier sommet de plus de 8000m jamais conquis par l’Homme, par des français s’il vous plaît (Lachenal & Herzog le 3 juin 1950 : cocorico !). Le versant Nord Ouest décrit un large arc de cercle fait de parois raides et glacées entrecoupées d’éperons et de glaciers suspendus, allant du Gangapurna (7454m) au Pic Tilicho (7134m) en passant par Tare Kang (Glacier Dome, 7069m) et Khangshar Kang (Roc Noir, 7485m). Nous nous sentons tout petits.

 

On monte régulièrement, pas trop raide, avec la vue sur ce cirque impressionnant. Des écarts se creusent assez rapidement, Martina ayant des difficultés avec l’altitude : Thÿs et moi-même restons avec elle pour la booster. Puis je remonte le peloton afin d’avertir Sam que sa copine n’est pas au top, ce dont il n’a cure… Bizarre ! Puis nous arrivons au lac, d’où la vue est tout simplement somptueuse. Les ‘snow flutes’ et autres pentes de glace du Pic Tilicho s’échouent dans les belles eaux du lac, telles la proue d’un bateau en pleine mer. Voyez par vous-même :

 

Dément, non?
Dément, non?

 

 

Après un thé chaud, réconfortant mais à prix exorbitant, nous prenons un peu de sucre : « un Mars, et ça repart » !… Il fait froid et nous ne tardons pas à redescendre. Le vent s’est violemment levé, aussi y allons-nous au pas de course : 1h et nous sommes de retour à notre hôtel ! Ce qui nous laisse le temps de nous restaurer avant que de retrouver la bande pour repartir. Car près de 3h de marche nous attendent encore. Il s’agit en effet de rebrousser le chemin parcouru la veille dans ces immenses éboulis en montagnes russes.

Redescente au pas de course, pour éviter les rafales...
Redescente au pas de course, pour éviter les rafales…
Immenses éboulis dominés par l'omniprésent Manaslu
Immenses éboulis dominés par l’omniprésent Manaslu

Nous sommes tous fatigués et subissons cette looongue traversée. Elle nous révèlera cependant de jolies chèvres sauvages avant que nous ne nous écroulions dans le dortoir collectif…

Intimité limitée... De G à D, Michele, Ben, Jared & Jop
Intimité limitée… De G à D, Michelle, Ben, Jared & Jop

J7 : Shri Kharka -> Yak Kharka
J8 : Yak Kharka
J9 : Yak Kharka -> Thorung Phedi

Après une superbe mais éprouvante journée en altitude, Martina n’est pas remise de son effort de la veille : elle accuse toujours le coup. Donc Sam l’accompagne à Manang voir le docteur et nous poursuivons notre traversée vers Yak Kharka. Cette étape est un semi-repos car il ne faut que 3h pour la parcourir. Après une brève montée offrant un très joli point de vue sur les Chulu, jolis sommets situés au Nord de Manang, nous redescendons à la rivière Thorung Khola que nous remontons paisiblement en rive gauche.

 

 

 

Toujours un peu inquiets de la place disponible (nous sommes 7 maintenant !), nous prenons le premier lodge venu, encore libre. Cela s’avèrera une excellente adresse, offrant de très bons plats (les veg. pakodas et veg. burgers sont délicieux !), une douche au gaz très chaude, des prix honnêtes et un sourire généreux. Que demander de plus ? Rien, c’est pourquoi nous y passerons une journée de repos, plus dans l’attente de nos 2 comparses Hollandais que par nécessité de temporiser. C’est aussi, avouons-le, une bonne occasion de faire ripaille et de se prélasser un bouquin en main…
Le lendemain, nous repartons donc à 9, ayant retrouvé Sam et une Martina, sinon requinquée, en rémission. Le début est un peu fastidieux, dans un temps pour une fois moyen et frais. Les écarts se creusent très vite, la journée de repos n’ayant pas fait que du bien (les burgers frites non plus !…). Avec Sam et Gaël, un français rencontré dans ce même lodge de Yak Kharka, nous décidons de partir en tête afin de réserver les 10 lits dont nous avons besoin. C’est que nous avons rejoint la vallée principale et approchons désormais du col, aussi les trekkeurs sont-ils démultipliés. Nous mettons le turbo et expédions l’étape de 2h et quelques… Sans remords, car le paysage n’est pas exceptionnel. Ainsi, nous arrivons juste à temps pour réserver les derniers lits disponibles ! Ouf, mission accomplie. On a bien mérité notre café viennoiserie !

 

Le groupe nous rejoindra peu après, ravi de ne pas avoir à dormir dans le réfectoire. Nous aurons donc toute l’après-midi pour manger, lire, manger, boire, manger, somnoler, manger, jouer aux dés et, bien sur, manger… L’ambiance dans le lodge est très comparable à celle d’un refuge de moyenne montagne surpeuplé, avec du personnel organisé mais n’arrêtant pas de bosser vue la fréquentation. Nous ne serons tranquilles que lors de notre partie de tarot avec 3 français (dont Gaël) après 20h, quand tout le monde a été se coucher. En effet, tous comptent se lever à 3 ou 4h pour voir le lever du soleil au col. Gaël décide d’être de deux-là. Moi non ! Avec les Chulu qui rayent l’horizon à l’Est et le froid polaire qui fait dès le soleil caché, je leur laisse leur chimère, insistant pour un départ le plus tard possible ! Mais je n’arriverais pas à négocier mieux qu’un réveil à 5h. Bouhouhou…

J10 : Thorung Phedi -> Thorung La -> Muktinath
5h donc, le réveil… Nous avalons vite notre petit déj’. Nous sommes parmi les derniers levés. Puis attendons Martina une éternité (10min tout au plus, mais à cette heure-là, par froid vif, ça compte triple…). Elle finit par arriver.

En attendant Godot... euh... Martina
En attendant Godot… euh… Martina

Le jour s’est levé il y a peu et nous montons « dré dans l’pentu » à un rythme d’escargot (on est à 4500m), les pieds gelés, attendant désespérément le soleil. Nous ne le trouverons qu’après une heure à lutter contre le froid, lorsque nous arriverons au camp d’altitude (4925m).

 

Le groupe s’est beaucoup étiré, avec Martina en queue de peloton souffrant vraisemblablement de l’attitude. Jared, Michelle et Thÿs restent alternativement avec elle pour l’aider et pour garder le moral. Le soleil et les cookies à la coco lui offre quelque réconfort au camp d’altitude. Nous repartons après cette bonne pause.

 

Je passe rapidement la seconde, un peu frustré de ne « pas avancer ». Je rallie ainsi le col en 1h30. La paysage est encore relativement dégagé, offrant de belles vues sur le tout proche Pic Thorung (6144m, tracé !) ainsi que sur les Chulus (6484m max) et autres ‘petits’ sommets dominant le Thorung La (Yakwakang, 6482m, Purbung Himal, 6500m, Khatungkang, 6484m).

 

 

Les Annapurnas sombrent vite dans les brumes et le vent se lève. L’ambiance change rapidement d’un col accueillant où les groupes se congratulent à ‘une photo, un thé et s’en va’… La bande me rejoint au compte goutte : Jop après 30min, Claire au bout de 1h et Martina, sur qui Thÿs a veillé  au grain durant toute sa pénible montée, 1h30 plus tard. Autant dire que j’ai abandonné mon livre depuis un bail et ne suis guère réchauffé ! C’est que les flocons font leur apparition, alors : ‘une photo, un thé et s’en va’!

 

 

 

Tout comme pour Martina, la descente est pour moi bienvenue !! Malgré les brouillasses et un bâton en moins, je suis content de m’activer de nouveau. Thÿs me conte ô combien Martina était mal durant la montée, un peu désolé que nous ne soyons pas restés plus groupés. Il n’a pas tort…

Une photo, un thé et s'en va : la descente
Une photo, un thé et s’en va : la descente

La descente est au début tranquille (histoire de profiter un peu plus de l’altitude !) puis plonge d’un coup sur Chambar Bhu. Nous nous y restaurons en terrasse sous quelques flocons. Puis finissons cette looongue descente et arrivons à Muktinath. Bilan : 1000m de dénivelé positif et 1700m de négatif sur 15km, on est content d’arriver ! Puis nous errons dans le village à la recherche d’un logement. Je ne me sens soudainement pas bien, ayant étrangement froid. La chose est marquante car je n’ai pas sorti mas doudoune de 7 mois de voyage et n’ai quasiment jamais eu froid. Atteint d’un mal inconnu, je passerais, après une douche bien trop froide pour mon état, toute la soirée au lit à greloter et frissonner alors que j’ai mis sur moi toutes les couches possibles et imaginables : 2 polaires + doudoune + duvet -10°C + 2 couvertures… A minuit, j’ôterais tout, étouffant, de nouveau ‘normal’ ?!…

J11 : Muktinath -> Kagbeni
Cette étape est courte et paisible. Il s’agit essentiellement de descendre. Ça fera du bien à tous les organismes, entamés par les efforts de la veille.

 

Et puis, nous passons par de jolis villages traditionnels authentiques. Nous suivons notablement la route, en très bon état ici.

 

 

 

Le paysage a radicalement changé : il est bien plus aride et aussi plus austère. C’est sans doute lié au très fort vent qui nous cueille sitôt que nous arrivons proche de Kagbeni : la vallée se resserre et crée un effet Venturi qui nous décoiffe très violemment. Kagbeni est la porte d’entrée dans la vallée du Mustang, connue pour ses richesses culturelles Tibétaines. Malheureusement pour nous, c’est totalement hors de prix (500$/sem, 14 jours mini…).

 

 

Plongée sur Kagbeni dans un vent du diable. Au fond, le Mustang.
Plongée sur Kagbeni dans un vent du diable. Au fond, le Mustang.

 

J12 : Kagbeni -> Jomson

 

Dernier jour de trek pour la plupart, c’est de nouveau une étape tranquille car plane. Elle se déroule en grande partie sur la route, fin, sur une mauvaise piste caillouteuse et fort poussiéreuse. C’est pas hyper fun mais l’on a encore des paysages très agréables, avant que la vallée ne se ferme et que le vent, toujours très fort, emmène avec lui les nuages qui couvrent les cimes. Ça sent la fin de trip !

 

 

Qui plus est, depuis 2 jours, la préoccupation principale est l’argent. Muktinath devait permettre de retirer mais cela n’a pas fonctionné. Sam & Martina avancent Ben & Jared depuis 3 jours. Quant-à Michelle, Jop & Thÿs, ils arrivent aussi à court. Seuls les ‘frenchies’ ont encore quelques roupies ! A  Jomson, tous se précipitent donc sur les ATM, confiants. mais pas un seul ne fonctionne, pour aucun d’entre eux ! C’est la panique ! Jared finira par y arriver, nous aidant à avancer le reste du groupe. Michelle arrivera aussi à récupérer des sous en faisant une transaction Paypal avec le gérant d’un café concert… Belle galère !
Le vent aidant, l’après-midi sera calme, entre lecture et découverte Netflix (merci les Aussies -surnom des Australiens- !). Les billets de bus sont réservés pour 6 d’entre nous avec nos dernières roupies. Michelle, Sam & Thÿs, avec quelques sous récupérés, vont en effet poursuivre le trek, les gars pour 2 jours et Michelle pour 8 ou 10.

J13 : Jomson -> Pokhara
De bonne heure, après un bon copieux petite déj’, nous disons adieu à Michelle, Thÿs & Sam et allons prendre notre bus. Le début de l’Aventure… Tout commence plutôt bien, avec à peine 30min de retard au départ. Mais la piste devient vite chaotique : elle est en fait dans un état exécrable, truffée de nids de poules gigantesques et farcie de gros galets et blocs. Y rouler à plus de 25km/h de moyenne relève de la démence… Pas une seconde ne passe sans que nous ne soyons secoués comme des prunes, faisant parfois des bonds de 20 à 30cm de notre siège. Les grands gabarits Hollandais et Aussies en sont pour leur frais, cognant trop souvent le plafond. Ben en a gardé de belles bosses sur le crâne… Pour comprendre, il faut s’imaginer le bus : bien vieux, où les suspensions ne sont plus qu’un vague souvenir et ne roulant que dans la poussière. Les locaux ont la manie d’ouvrir les fenêtres en grand. Outre la poussière, il fait frisquet dehors ! Normal, ils ont prévu et ont pris des couvertures, eux… Enfin, un tel bus ne serait rien s’il n’y avait les odeurs. Pas celles des délicieux curies traditionnels, non, celle de ceux qui ne se sont pas lavés depuis 4 semaines au moins. Car même après 2 semaines de trek, je ne pue pas autant !… Nous avons tout le loisir « d’apprécier » ce panel de caractéristiques locales : le trajet est prévu pour durer 8 à 10h !… Mais c’est sans compter les péripéties : au bout de 2h de route à peine, le bus tombe en rade. Le chauffeur passe dessous et regarde une roue. On pense qu’il a crevé car il ramène bientôt le cric. Commence alors une scène risible, si elle n’était pas aussi pathétique. Le conducteur soulève le bus avec le cric, mais il a un débattement hyper faible, genre 15cm (pour info, celui d’une voiture doit proposer 25cm mini). Donc le conducteur fait un tas de pierres (galets abondants, heureusement) pour soutenir le bus pendant qu’il glisse des pierres sous son cric pour recommencer le levage. Au-delà d’être hyper dangereux (le bus peut lui tomber dessus à tout moment), c’est inefficace et prend un temps inouï ! Après 1h30 à 2h de galère, les pierres sont trop instables et c’est un tronc d’arbre coupé qui soutient le bus… Mais toujours pas moyen d’accéder au lieu de la panne ! Après plusieurs essais craignos, le chauffeur se résigne à contacter du renfort.

 

Le mécano professionnel arrivera finalement vers midi par le bus suivant avec un ‘vrai’ bon cric et une suspension de rechange. En moins de deux, il effectue la réparation (de fortune) et nous pouvons repartir ! Nous avons donc eu amplement le temps de : nous dégourdir les jambes, somnoler au soleil, profiter de la superbe vue, s’insurger des risques et de l’ineptie mécanique du chauffeur, savourer un petit café offert par une voyageuse, payer ledit café qui n’était pas du tout offert (!), regarder Netflix (pour les Aussies). Nous réembarquons donc, accusant déjà 5h de retard après 16h de ‘voyage’. La suite sera du même acabit, avec la piste toujours aussi affreuse nous cassant le cou et le dos. Pour varier :
– nous croisons moult bus et engins de chantier alors que le précipice nous tend les bras,
– nous sommes pris dans un bouchon (30min, véridique !) au milieu d’un zone propice aux glissements de terrain,
– nous redécouvrons la fâcheuse tendance des locaux de renâcler et cracher à tout va (mention spéciale pour ‘mamie crachats’ qui nous aura pourri toute la fin du trajet, soit 3 bonnes heures),
– nous accueillons à notre bord un Albinos féru de jeux vidéos mettant le bip bip de son jeu à plein volume et feignant de ne pas nous comprendre lorsque nous lui demandons obligeamment (dans un premier temps) de baisser le son,
– une mamie monte avec toute sa maison, rendant le couloir central impraticable,
– le chauffeur fait un arrêt tous les 3 kilomètres durant les 2 dernières heures de trajet, ce qui passe toujours un peu moins bien à 22h après 15h de trajet,
– à 23h, enfin rendus à Pokhara, nous apprenons qu’on ne va pas au terminal d’où nous sommes partis mais bel et bien au milieu de nulle part en banlieue, à bien 3 km de notre hôtel.
Donc un conseil : même pour 120$, prenez l’avion !!
Bref, après de telles aventures, la douche chaude de l’hôtel Mountain View n’aura jamais été autant la bienvenue !

Compte-rendu de ce trek visible sur le site camptocamp

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Les merveilles autour du toit du monde… Trek des 3 cols du Khumbu

Mardi 16 octobre, nous nous envolons enfin pour la vallée du Khumbu… La fameuse ! Celle où niche un petit sommet à 8848 m dénommé Sagarmatha, Chomolungma, Everest ! On vous raconte nos deux semaines de trek dans ce sanctuaire. Retrouvez le topo sur C2C.

L’aéroport de Lukla est réputé pour être le plus dangereux du monde, une mini piste d’atterrissage, en pente qui se termine par un virage à 45°, les pilotes ont intérêt à être bons ! Arrivés à l’aéroport domestique de Katmandou, on nous avait donc prévenu que les vols étaient bien aléatoires, souvent retardés, annulés, reportés… Et nous n’échappons pas à la règle. Notre vol est retardé, d’on ne sait combien d’heures… Le gars de la compagnie nous propose alors de prendre un hélicoptère, on hallucine un peu, pour 100$ de plus par personne… Pas question pour nous, on préfère attendre. Finalement, il revient nous voir en nous disant qu’il nous embarque dans l’hélico gratis car deux autres touristes ont payé, et comme ils veulent remplir l’hélico… On est chanceux ! Ce sera donc un baptême en hélico, improbable ! Le décollage est assez impressionnant, puis l’hélico reste à une faible altitude, pendant une bonne heure de vol au-dessus des vallées de moyennes montagne et des cultures en terrasse avant d’atterrir à Lukla. Vol bruyant, mais parfaitement maîtrisé. Une arrivée sur le trek originale !

J1 : Lukla (2840 m) – Tok Tok (2760 m) – 2h45

Après un petit repas à Lukla, nous entamons notre entrée dans la vallée du Khumbu. Le chemin est agréable, un peu en montagnes russes, mais ombragé et parsemé de stupas, mantras (drapeaux de prières tibétains), de rochers peints de mantras, de petits temples… Nous sommes au coeur de la culture tibétaine qui parsème toute la vallée, c’est beau !

L’étape est courte et l’on y croise beaucoup de trekkeurs. Nous nous arrêtons dans le village de Tok Tok (le nom nous plaisait bien) où nous trouvons refuge dans un lodge tenu par une petite famille. Nous sommes deux couples à loger ici cette nuit, c’est calme et reposant, et pas encore trop froid ! Nous découvrons le menu du jour qui sera le même sur toutes les autres étapes de notre trek mais reste tout de même varié. A 19h30, il fait déjà bien sombre, c’est dodo !

J2 : Tok Tok (2760 m) – Namche Bazar  (3440 m) – 4h

Les premières journées de marche sont courtes, cela nous fait un peu drôle mais on comprend vite l’intérêt, pour l’acclimatation d’une part et d’autre part, le temps se couvre dès le début d’après-midi, il faut donc profiter du grand soleil du matin. Nous partons vers 8h30 traverser la vallée verdoyante, croiser nos premiers yaks et ânes à clochette, s’étonner des porteurs qui trimballent 40 kg sur leur tête ! Nous passons le premier « check point » pour acheter notre billet d’entrée au Parc du Sagarmatha (3400 Roupies) à Monjo et rentrons donc dans le Parc.

Une bonne grosse montée nous attend pour atteindre Namche Bazar, la cité Sherpa ! Cette petite ville au milieu des montagnes est le départ de tous les randonneurs mais surtout des alpinistes qui viennent tenter les plus hauts sommets du monde et y trouver leurs porteurs. Nous nous arrêtons pour manger et trouver un lodge, sans trop de mal, il y en a tellement… Le système des lodges sur le trek consiste à dîner et prendre le petit dej, contre le tarif d’une nuit presque gratuite. Les petites chambres sont basiques mais au confort suffisant, si tant est que l’on soit bien couvert ! (jusqu’à -5° dans la chambre au petit matin !).

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Namche Bazar, la cité Sherpa

J3 : Namche Bazar (3440 m) – Thame (3800 m) – 3h15

Nous quittons ce matin l’axe Lukla-Namche pour prendre l’itinéraire des 3 cols vers l’Ouest, tandis que la majorité des trekkeurs part sur l’itinéraire du camp de base de l’Everest par la vallée centrale. Nous avons donc la chance d’être bien plus au calme sur notre route vers Thame. Les premiers hauts sommets  (à plus de 6000 m) se dévoilent alors. Nous nous enfonçons de plus en plus dans la culture tibétaine qui ne nous quittera plus tout le long du chemin. Nous marchons à flanc de colline, au milieu des pins avec la rivière Bothe Koshi Nadi en fond de vallée. Nous traversons nos premiers grands ponts népalais affublés d’écharpes en soie et de drapeaux à prières qui volent au vent, nous ne nous lassons pas de cette ambiance. Nous arrivons très tôt au village de Thame (11h) où nous nous posons vraiment la question de continuer sur la prochaine étape. Mais nous tombons finalement sur une sympatique petite auberge dans une famille où nous sommes les seuls trekkeurs, on décide alors de rester.

Après un bon repas, nous profitons du soleil pour faire notre lessive à la rivière puis nous montons visiter le monastère quelques centaines de mètres au-dessus du village. Les jeunes moines qui sont en cours nous invitent alors à rentrer dans leur salle de classe pour les observer écrire leurs lignes de mantras en tibétain. Nous discutons quelques minutes avec leur professeur, c’est un beau moment partagé au coeur de leurs montagnes. Puis, nous tombons sur Mathias, un gars que j’ai rencontré 10 plus tôt dans mon club d’escalade de St Quentin, complètement improbable de tomber sur lui ! Mais quand on a la même passion… on se retrouve aux mêmes endroits de la planète ! Nous passons un bout de l’après-midi avec lui puis rentrons dans notre petite auberge pour un bon repas et une nuit bien fraîche.

J4 : Thame (3800 m) – Lungdhen (4380 m) – 3h15

Un peu plus de dénivelé nous attend aujourd’hui mais nous restons sur des journées courtes avec une petite matinée de marche. Après un petit dej où je découvre le Tsompa porridge, nous partons sous le beau ciel toujours bleu. Nous longeons tranquillement la rivière, les paysages se font un plus arides, plus minéraux, cela veut dire aussi plus de poussière et nous ne croisons quasi personne. Nous arrivons tôt mais les lodges commencent déjà à se remplir car nous sommes au pied du premier col et les trekkeurs veulent être au plus près pour l’étape du lendemain. Nous trouvons tout de même une place et allons passer notre première nuit à plus de 4000 m, il commence à faire vraiment frisquet ! Pour cette étape, on s’octroie un petit plaisir : une douche ! Elles sont toutes payantes ici et la chaleur est toute relative mais si on la prend avant que le soleil ne se cache, c’est supportable. On passe le reste de l’après-midi à lire puis nous couchons tôt car le lever sera matinal demain.

J5 : Lungdhen (4380 m) – Gokyo (4790 m) via Renjo La (1er col, 5360 m) – 6h

Lever 5h30, nous décollons à 6h15. C’est la montée au premier col qui nous attend aujourd’hui avec 1000 mètres de dénivelé. Le départ à la fraîche est un peu dur, nous sommes à l’ombre quasi toute la matinée et nos gants sont un peu trop fins, on prend l’onglet facilement… Mais nous avons un bon rythme et doublons quasi tous ceux qui sont partis avant nous pour enfin atteindre le soleil qui pointe le bout de son nez de l’autre côté du col. Sa chaleur nous fait du bien et nous rebooste pour la suite de l’ascension. A partir de 5000 m, l’altitude commence à se faire sentir sur la respiration malgré notre acclimatation (du moins pour moi, Jean-Yves gambade comme un chamois !). Les derniers mètres sont lents et plus escarpés, mais quelle récompense arrivés au col !

La vue s’ouvre sur toute la vallée du Khumbu avec l’Everest et le Lothse en toile de fond, le lac de Gokyo cristallin en contrebas et les parois de sommets dantesques qui nous entourent… le tout habillé de mantras multicolores qui flottent sur le col, une pure beauté ! Nous sommes à 5360 m. La descente sera un peu plus compliquée, le mal de tête me prenant et le chemin étant long et escarpé. Mais l’arrivée au lac de Gokyo nous réconforte de par la sérénité qu’il dégage. Gokyo est le dernier « village » (comprenez par là « hameau de lodges pour trekkeurs ») de la vallée, entourés de ses 6 lacs avec une vue parfaite sur le Cho Oyu (un des 8 sommets de 8000m du Népal). Nous prenons le temps de nous poser dans ce beau havre de paix, un petit Doliprane et le mal de tête passe, appuyé par une petite gourmandise à la « German Bakery » (les allemands ont investi les boulangeries au Népal !), et nous sommes prêts pour une bonne nuit de sommeil !

J6 : Gokyo (4790 m) – Dragnag (4700 m) via Gokyo Ri (5360 m) – 4h30

Ce matin, nous attaquons le petit sommet du coin, le Gokyo Ri avant de rejoindre notre prochaine étape. Tous les groupes partent à 4h du mat (quelle folie, il fait un froid de canard à cette altitude !), mais de notre côté nous optons pour une ascension au soleil, à 8h. La montée se fait progressivement, à doubler les groupes de toutes nationalités et nous arrivons plutôt en forme au sommet qui nous réserve une magnifique vue sur le Cho Oyu d’un côté, sur les lacs de Gokyo au pied et les monstres autour de l’Everest de l’autre côté, magnifique !

On profite de cette vue splendide avant de redescendre au pas de course et de rejoindre Gokyo. Nous récupérons nos sacs laissés à l’auberge avant de nous diriger vers notre étape du jour : Dragnag, pas des plus agréables… Nous traversons une énorme moraine en montagnes russes avant de rejoindre l’autre rive qui nous mène au village de Dragnag où nous arrivons en début d’après-midi pour être sûrs d’avoir une place en lodge. Cela se fait sans trop de soucis et nous retrouvons même une petite famille française que nous avions croisés un peu plus bas. La nuit est toujours aussi fraîche…

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On se sent tout petit face au lac de Gokyo et la vallée du Khumbu au loin

J7 : Dragnag (4700 m) – Dzonglha (4830 m) via Cho La (2ème col, 5420 m) – 5h

Ce matin, lever 5h pour attaquer le second col du trek à 5420 m. Comme d’habitude le matin nous glace les sangs car nous devons partir tôt, comme les hordes de trekkeurs qui se lancent à l’assaut de ce col le plus parcouru de la vallée, qui n’est pourtant pas le plus beau… Nous montons doucement mais sûrement mais à l’approche du col, c’est le bouchon de trekkeurs, nous n’avons pas le choix que de prendre le rythme des autres (pour moi) ou de doubler tout le monde (pour Jean-Yves). Mais nous arrivons au col où nous retrouvons le soleil, et la foule…

Un glacier s’étend derrière le col et nous devons le traverser pour la redescente. Celui-ci est bien bouché et très parcouru, il n’y a donc pas de soucis pour passer la centaines de mètres sur celui-ci. J’avais tout de même prévu de mon côté des petits crampons de fortune achetés à Katmandou pour ce passage du trek, je les ai mis mais ils n’ont pas été d’un grande utilité. Une fois le glacier passé, un longue descente nous mène au village de Dzonglha, au pied de l’immense paroi de l’Arakam Tse et du Cholatse et avec une vue démente sur l’Ama Dablam, un sommet pyramidal à 6800 m de toute beauté. Le spectacle depuis Dzonglha est juste immanquable ! Nous en profitons donc pleinement toute l’après-midi avant de passer une petite soirée sympa au lodge avec un gars très sympa de Gibraltar.

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Splendide Ama Dablam

J8 – Dzonglha (4830 m) – Lobuche (4910 m) via Kala Patthar (5550 m) – 6h45

C’est une looooooooongue journée de marche qui nous attend. Nous avons décidé de ne pas aller au camp de base de l’Everest qui selon les dires de tous ne vaut pas le coup, car il n’y a rien à y voir, n’étant pas la saison de son ascension et nous ne voulons pas dormir au village de Gorak Shep qui est situé très haut (les nuits à 5000 m ne font pas du bien), cher et surbondé. Nous décidons donc de faire 2 étapes en une : rejoindre le village de Lobuche, monter à Gorak Shep puis au sommet du Kala Patthar puis redescendre à Lobuche, ce qui représente une fastidieuse étape… Si c’était à refaire, nous prendrions une journée de pause à Lobuche. La matinée est très tranquille, nous longeons une colline à flanc avec toujours ces monstres à 6 et 7000 m qui nous entourent. Nous rejoignons ensuite le sentier principal qui mène à l’EBC (Everest Base Camp) pour faire ensuite une petite pause à Lobuche où nous laissons nos gros sacs dans l’auberge que nous trouvons.

Nous repartons de Lobuche après avoir avalé un café et commençons la montée vers Gorak Shep, nous nous enfonçons vraiment dans la vallée qui mène à l’Everest et le paysage se fait de plus en plus morainique, glaciaire, minéral… Arrivés à Gorak Shep, il règne une belle ambiance grisâtre et impressionnante, on se sent tout petit à côté de ces sommets à 7 et 8000 m. Nous attaquons sans trop tarder la montée vers le Kala Patthar, car le temps se couvre. Le vent se lève et rend la montée glaciale, c’est que nous arrivons à 5550 m, le point culminant du trek… qui nous révèle un panorama splendide sur l’Everest, le Lothse et le Nupse. Et nous sommes en bas de l’arête du Pumori qui nous surplombe à 7160 m. La vue est exceptionnelle, même si l’Everest se cache un peu sous ses nuages sommitaux et laisse à peine entrevoir son caractéristique voile de neige soufflé au sommet. Mais nous ne restons pas trop longtemps, le vent nous réfrigérant sur place. Il ne nous reste plus qu’à tout redescendre jusqu’au village de Lobuche, en laissant Gorak Shep derrière nous. Nous arrivons donc bien éreintés dans notre lodge à Lobuche et ne faisons pas long feu avant d’aller se coucher.

J9 : Lobuche (4910 m) – Chukhung (4730 m) via Kongma La (3ème col, 5535 m) – 6h30

Nous partons ce matin au petit jour pour attaquer notre dernier col du trek : le Kongma La, à 5535 m, encore une grosse journée qui nous attend. Nous balbutions un peu sur le départ, ne trouvant pas la bonne route pour traverser l’énorme moraine du Khumbu. C’est la première fois du trek que nous sommes les seuls trekkeurs sur le chemin… Nous finissons par repérer quelques cairns et tombons sur Lucas, un jeune polonais perdu au milieu de la moraine comme nous. Nous l’embarquons avec nous pour trouver la route. Il s’avère que nous devons traverser une digue de pierres au milieu d’un lac morainique… Pas évident au premier coup d’oeil avec les bruits fracassants autour de nous de la glace qui travaille sous nos pieds… Mais nous finissons par arriver au bout et nous retrouver au pied du col qui nous attend, 1000 mètres au-dessus de nos têtes.

La montée est ardue à travers un rocher illuminé qui s’effrite en poussières d’étoiles. Mais une fois encore nous sommes récompensés à l’arrivée au col : magnifique vue sur les faces du Nuptse, Lothse et de l’Ama Dablam, et au pied du col un nouveau lac cristallin. Ce col est le plus difficile que nous aurons gravi, à ne pas mettre entre les mains de trekkeurs peu expérimentés. La descente est interminable, très longue mais progressive. Nous arrivons au village de Chukhung éreintés et nous fêtons les passage des 3 cols avec Lucas autour d’une petite bière bien méritée.

J10 : Chukhung (4730 m) – Pangboche ((3930 m) via Shomare – 4h

Nous avons hâte d’entamer cette étape qui indique notre redescente en dessous de la barre des 4000 m que nous n’avons pas quittés depuis une semaine, ce qui veut dire que nous allons retrouver des températures un peu plus supportables la nuit. Nous prenons notre temps pour cette journée plus cool et continuons notre chemin avec Lucas en s’arrêtant à toutes les « bakery » que nous trouvons dans les villages. Nous laissons la haute montagne derrière nous pour retrouver les villages et l’ambiance plus accueillantes des vallées. Mais le beau sommet de l’Ama Dablam nous surplombe toujours et nous régale de sa magnificence sur tout le chemin. Malgré une température plus clémente, le vent se lève et nous refroidit bien avant d’arriver à Pangboche. Nous avons retrouvé la route principale de l’EBC, il y a un peu plus de monde mais nous trouvons un lodge facilement où l’on se repose l’après-midi. C’est une belle journée : j’apprends que je suis devenue tata depuis 3 jours !

J11 : Pangboche – Pangboche (3930 m) via l’Ama Dablam Base Camp (4600 m) – 4h

Nous optons aujourd’hui pour une petite variante à notre trek : la montée au camp de base de l’Ama Dablam en aller-retour depuis Pangboche. Nous partons à 7h avec Lucas pour une raide montée en direction du camp de base. Nous croisons quelques porteurs sur le chemin, il semblerait que ce soit la saison pour faire l’ascension de l’Ama Dablam en ce moment. Je ne suis pas en grande forme ce matin, j’avance tout doucement, la fatigue des précédents jours se fait ressentir. Et quelle n’est pas notre surprise en arrivant au pied du camp de base de l’Ama Dablam !

Nous nous attentions à quelques tentes posées ci et là mais ce sont des centaines d’alpinistes, porteurs, logisticiens… qui ont envahi le camp avec une petite dizaine d’expéditions en place. Impressionnant ! Voilà l’idée que l’on peut se faire d’un camp de base himalayen ! Nous repérons même une expédition des Sapeurs Pompiers de Cherbourg ! Drôle ! Quelques alpinistes s’entraînent sur un énorme bloc au bout du camp pour faire des exercices de remontée sur cordes. Ils restent visiblement 2 semaines au camp pour s’entraîner et s’acclimater avant l’ascension finale. Ils nous expliquent qu’il y a 3 camps d’altitude possibles pour réaliser cette ascension à 6800 m mais qu’elle peut se faire aussi en 2 jours. C’est intéressant de pouvoir toucher du doigt toute cette organisation.

Nous montons ensuite un peu plus haut sur une crête pour mieux admirer la vue du camp, du sommet et des autres petits  sommets alentours (>7000m !), puis redescendons par le même chemin pour retrouver le sommet de Lobuche. Nous y mangeons un Dhal Bhat gargantuesque (plat typique népalais à base de riz et lentille) puis changeons de lodge car le notre est plein ce soir. Nous prenons notre deuxième douche du trek, ouch ! Ca fait du bien !

J12 : Pangboche (3930 m) – Kumjung (3790 m) – 5h

Cette journée que nous pensions plus tranquille s’avère finalement assez difficile, même si l’on redescend notablement, nous enchaînons les montées descentes en montagnes russes qui nous cassent les pattes. Sur la route, nous traversons Tengboche, connu pour son célèbre monastère que nous visitons. Mais nous ne pouvons voir que peu de choses, il n’y a pas de cérémonies en ce moment et nous ne sommes autorisés qu’à rentrer que dans des parties restreintes du monastère. Celui-ci a visiblement été en grande partie reconstruit suite au tremblement de terre de 2015.

Nous mangeons notre traditionnelle pâtisserie avec notre Lucas gourmand et repartons pour descendre puis remonter vers le village de Kumjung, un vrai village avec des gens qui y vivent ! Nous profitons d’un lunch au soleil avec toujours l’Ama Dablam en toile de fond ainsi que le Kangtega, le Thamserku… Nous trouvons une place sympathique chez une petite famille où nous sommes seuls à profiter de l’auberge et à engloutir les repas délicieusement préparés. Nous discutons avec la petite fille qui veut pratiquer son anglais et me fait des nattes dans les cheveux. Première nuit où nous n’avons plus froid…

J13 : Kumjung (3790 m) – Monjo (2835 m) via Namche Bazar – 5h

Nous partons en petite balade au soleil et prenons notre temps ce matin pour visiter le village tout proche de Khunde. Les mecs partent avec 2 petits dej’ dans le ventre, les appétits se réveillent en fin de trek ! Nous montons au monastère de Khunde et avons cette fois-ci la chance de tomber sur la prière matinale à laquelle nous pouvons assister au sein même du monastère. Nous devons enlever nos chaussures, passons le rideau et trouvons dans la Gompa (salle des prières) une dizaine de moines bouddhistes assis en tailleurs, en rond au milieu des rideaux ocres, rouges, orangés, des dorures, des mandalas colorés (peintures religieuses)… Ils récitent leurs mantras qui font écho dans tout le village, en faisant intervenir de temps en temps des instruments de musique : flûte, gong, trompette. Une femme nous sert le thé au fond de la salle pendant notre contemplation. Nous ressortons et profitons de la vue magnifique du monastère qui est perché au-dessus du village et surplombe la vallée.

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Vue du monastère de Khunde

Nous reprenons ensuite la route pour descendre à Namche Bazar, il faut être prudent, il y a beaucoup de poussière sur le chemin glissant. Mais ça fait du bien de retrouver les paysages de moyenne montagne et le mythique Namche Bazar, village sherpa construit en arène. Nous y goûtons notre premier steak de yak, en fin de compte assez proche de la vache. Puis c’est le moment de quitter notre ami Lucas après 5 jours passés ensemble car il reste dormir ce soir à Namche. Nous décidons de continuer à descendre vers Lukla et nous arrêter en chemin pour dormir. La descente vertigineuse pour quitter Namche et le Parc Sagarmatha est fastidieuse, nous nous arrêtons donc à Monjo, plus tôt que prévu. Nous passons la soirée dans une famille à discuter avec un grenoblois, qui lui monte le lendemain vers Namche.

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Bien mérité notre repas de retour à Namche !

J14 : Monjo (2835 m) – Lukla (2840 m) – 3h30

Dernière étape de notre trek ! Il ne nous reste plus qu’à redescendre tout doucement vers Lukla. Mais le petit dej de ce matin me reste sur le bide, un muesli avec du lait douteux… Je vais être malade pour les 2 jours qui viennent… Cette étape n’est pas la plus agréable car nous croisons toute la horde de trekkeurs qui montent, mais dans notre sens nous sommes un peu plus tranquilles au fur et à mesure que l’heure passe. Nous recroisons Lucas sur le chemin qui descend de Namche, avec un rythme bien plus soutenu que le notre, nous savions qu’il nous rattraperait ! C’est donc avec plaisir que nous terminons cette dernière étape avec lui et que nous nous retrouvons pour une dernière soirée à Lukla. Nous profitons enfin d’une bonne petite pâtisserie et d’un vrai café et retrouvons notre première connexion à Internet depuis 15 jours. Mais c’était bien de pouvoir être un peu déconnectés pendant ces 2 semaines.

J15 : Retour Lukla – Katmandou

Après une nuit peu agréable dans une chambre humide, le bruit des avions qui décollent et notre odeur peu ragoûtante après une semaine sans douche, nous nous levons pour prendre notre avion depuis Lukla. Notre vol est prévu pour dans 2 jours, mais nous pouvons changer celui-ci en nous rendant directement à l’aéroport. Ce que nous ne savions pas c’est que nous allons passer une journée complète dans ce mini aéroport frigorifique alors qu’un beau soleil brille dehors… En effet, le premier vol est complet, il nous font donc attendre 2h de plus, puis nous réussissons enfin à rentrer dans la salle d’embarquement, dans laquelle nous attendons 1h de plus. Puis un premier avion arrive, qui prend d’autres passagers (ce sont des petits coucous qui prennent une quinzaine de passagers seulement). Et enfin quand notre avion arrive, il a un pneu crevé… Ils appellent alors un technicien de Katmandou pour qu’il vienne en hélico changer le pneu ici… 2h de plus d’attente… Et nous pouvons enfin décoller… à 16h ! (nous sommes à l’aéroport depuis 9h). Bref, les transports au Népal sont toujours imprévisibles quels qu’ils soient ! Nous décollons donc de notre petit aéroport mythique de Lukla et arrivons 1/2h plus tard à Katmandou, tellement heureux de retrouver notre hôtel avec une douche chaude !

Nous prenons ensuite une petite journée de repos et de réparation de matériel à Katmandou avant de rejoindre notre prochaine destination : Pokhara…

Wel-come to Katmandou !

Va t-on savoir pourquoi ? Tous les népalais écrivent « welcome » ainsi : « wel-come »

Ca y est, nous sommes à un moment charnière de notre voyage : la moitié et le passage entre deux continents. Nous venons de quitter l’Amérique du Sud pour rejoindre l’Asie après une courte escale en France. C’est une toute autre ambiance qui nous attend alors au Népal : autre culture, autre religion, autres montagnes… Car c’est un peu ces dernières qui nous ont amenés ici… L’Himalaya, un doux rêve de gosse… Nous ne tardons donc pas à rejoindre notre destination, après une petite semaine de jet lag à découvrir l’effervescente Katmandou que nous vous racontons ici.

 

Jeudi 11 Octobre 2018, nous atterrissons à Katmandou après une nuit de vol. 6h30 à Katmandou, ça bouillonne déjà de partout ! J’ai un souvenir ému en redécouvrant la ville après 3 ans et demi de mon passage express là-bas, la vie a bel et bien repris son cours ici et on perçoit ici et là les bouts de reconstruction. On passe la première journée à… dormir, bien attaqués par ce nouveau jet lag, après le premier vécu en France. Le corps ne comprend pas grand chose… Un gars d’une agence profite un peu de ce moment de désorientation pour nous pour nous vendre un billet d’avion pour Lukla, point de départ du trek que nous souhaitons faire. Si l’on avait pris un peu plus de temps pour réfléchir, nous y serions allés en bus, puis aurions marché quelques jours de plus… Bref, le premier jour dans un pays, c’est toujours un peu la même, on se fait avoir ! Avec un paramètre supplémentaire… c’est le festival de Dashain en ce moment, les grandes vacances pour les népalais et beaucoup de services ferment pendant cette période, ça nous a mis un peu la pression dès le départ pour partir sur le trek. Quant à Dashain, nous avons pu en voir les prémices dans les rues, c’est à dire des rues surbondées à l’indienne, où l’on peut à peine circuler et respirer, une laisse serait bien utile pour se retrouver dans ce genre de situation, surréaliste ! Et puis, c’est la découverte de Katmandou pour Jean-Yves : la poussière, le bruit, les odeurs, mais aussi les couleurs, le sourire des gens, la spiritualité à chaque coin de rue…

 

Nous revoyons mon ami Lama que j’avais rencontré la première fois, il ne m’a pas oubliée et me reconnaît dans la rue, toujours aussi adorable… Les dernières années n’ont pas été faciles pour lui, retrouver un travail n’était pas une mince affaire après le séisme et désormais il travaille dans un hôtel de luxe mais espère pouvoir revenir dans ses galeries d’art. On va visiter un soir ensemble le Budnath Stupa, gigantesque emblème bouddhiste de la ville, voire du pays, qui a été détruit par le séisme et magnifiquement reconstruit. Il nous emmène ensuite boire une boisson bien locale, la bière de riz (pas terrible, et paraît-il sans alcool, alors que ça m’a tourné la tête… mouais), dans un petit bar de son quartier, un moment très sympa partagé avec lui !

 

Nous passons les deux jours suivants à visiter Katmandou et ses alentours. Nous commençons par le Monkey Temple, ou Swayanbudnath : un immense escalier peuplé de petits et gros macaques peu farouches mène à une Stupa monumentale (dôme immaculé orné d’un édifice doré avec les yeux de Bouddha). Le lieu est beau et paisible, avec une vue panoramique sur Katmandou, un petit havre de paix au coeur de la ville, malgré l’affluence des touristes. Certaines parties sont encore en construction.

 

 

Nous visitons ensuite Patan, à la périphérie Sud de Katmandou, connue pour son Durbar Square (quartier historique). Ici, les conséquences du séisme sont plus que palpables, la plupart des bâtiments sont échafaudés, mais ils profitent de ces derniers pour y afficher de belles expo-photos. Nous terminons par la visite de Kirtipur, un peu plus à l’ouest, après avoir réussi à trouver un bus local qui nous y mène en sortant de la foule des rues de Patan. Kirtipur est également très marquée par les bâtiments en ruine, mais n’en reste pas moins un joli petit village orné de temples, stupas, chortens… Et épargné des foules de touristes.

 

Après ces visites citadines, nous ne sommes pas mécontents de quitter la capitale, étouffante et bruyante et sommes fin prêts à décoller pour notre trek, retrouver les montagnes… On vous raconte la suite tout bientôt…

Déserts, salars & cités coloniales : du Lipez à Sucre

Malgré notre arrivée au Népal depuis 3 semaines, nous avons pris un peu de retard sur le blog et revenons sur notre dernier périple (et pas des moindres !) sur le continent sud-américain… en Bolivie.

Tout commence, comme si souvent en Amérique du Sud, par un bus de nuit, où nous découvrons l’étrange coutume locale consistant à faire marcher la clim’ à fond afin de voyager par 12°C… Sans doute pour éviter le contraste thermique lors des pauses pipi sur l’altiplano, mais, le duvet étant en soute, on n’apprécie que modérément…
Nous rallions Tupiza au petit matin. C’est une jolie bourgade, petit havre civilisé au cœur d’une grande zone désertique. Y ont fleuri moult tours operators et pizzerias (nom de la ville oblige, véridique !) mais l’ambiance far west avec ses collines rougeoyantes et sa végétation rase lui donne un certain charme. Nous y flânons :

Tupiza est aussi le lieu idéal pour organiser un tour dans les déserts du Sud Est du pays. Nous avons fait confiance à Mickael (cf La Paz) qui nous a recommandé une agence sérieuse. Nous passons les voir pour finaliser les derniers préparatifs, pour nous et pour les filles. Car nous serons 4 avec Lulu et Emeu (cf précédent article), 2 copines revues il y à peu à La Paz et bien motivées pour partager cette aventure dans les ‘salars’, classique mais réputée, avec nous.
Nous partons juste après l’arrivée de leur bus de nuit : elles ont 4 mois devant elles mais ont adopté un rythme effréné ! Nous sommes donc 6 dans le 4×4, avec Sonia la cuistot et Gilberto le chauffeur – guide.

J1 : de Tupiza à Quetena Chico
A peine sortis de Tupiza, les paysages sont déjà sculptés par l’érosion et révèlent de belles parois de sable rouge parsemées de cactus :

Puis nous faisons halte de nouveau, devant un superbe canyon :

Canyon près de Tupiza
Canyon près de Tupiza

La suite de la matinée est une longue chevauchée motorisée le long de grandes étendues arides. La végétation est quasi inexistante et rares sont les vigognes à parvenir à s’en sustenter :

Puis, après un déjeuner près de mines de cuivre (aux couleurs vert de gris typiques), nous passons sur une ancienne mine d’or, le genre d’endroit où ont trimé des milliers d’esclaves quechuas, aymaras, guaranis… mais aussi d’Afrique Noire (via le commerce triangulaire) pour enrichir la couronne Espagnole. Même au fin fond du désert, avec des températures nocturnes polaires (hiver austral oblige), fièvre de l’or et cupidité humaine ont animé des conquistadors vénaux puis des orpailleurs rêveurs dont bon nombre y ont laissé la vie…

Entre ruines et désert
Entre ruines et désert

La piste continue de s’enfoncer vers le Sud Est dans des étendues toujours plus sauvages. Faune et flore s’y font rares. De temps en temps, des affleurements de sel ou un petit lac coloré surgissent au détour d’une « colline ». Dépaysement garanti !

Laguna amarilla ou est-ce la celeste?!
Laguna amarilla ou est-ce la celeste?!
Laguna amarilla
Laguna amarilla

Après quelques passages sableux, nous atteignons notre escale pour la nuit, Quetena Chico, minuscule et improbable bourgade. Nous parvenons cependant à s’y procurer quelques ‘cahuètes’, histoire de grignoter tout en trinquant à mon anniv’ : fêter ses 35 ans dans le désert, y’a pire !… La bouteille de blanc est festive et l’on passe un bon moment tous les 4.

J2 : Volcan Uturuncu
Réveil assez peu matinal pour une ascension : ça nous change ! On embarque avec notre guide (obligatoire…) Macario (encore !) et faisons 1h30 de route. On monte ainsi jusqu’à…
5550m (même après plusieurs mois de pratique, la notion d’altitude est toujours aussi éloignée de nos repères d’Européens…) !! Au grand dam de Lulu qui pensait, comme nous tous, que l’on marcherait 1000m de dénivelé aujourd’hui ! Il n’en sera rien : ce 6000m est en solde, avec ‘uniquement’ 450m de D+ !… C’est donc fort rapidement que nous atteignons son épaule Est, détendus et acclimatés, lieu où notre guide, vexé tant par notre bon rythme que parce qu’il n’est pas devant, nous fait la leçon, dénigrant au passage notre plus haut sommet le Mont-Blanc et ses « seulement » 4800m. Ça m’exaspère : mais quel c… ! On reprend un rythme très lent mais arrivons bientôt au sommet. La vue y est très dégagée, découvrant moult lacs d’altitude de toutes les couleurs, des terres aux teintes pastel et orangées, les jolies rondeurs de cônes des volcans environnants… Le dépaysement est total une fois de plus :

La descente du sommet est très rapide, car le sentier est sablonneux. Nous sommets vite rendus à l’épaule. Alors que Macario commence sérieusement à me gonfler, Lulu calme le jeu et « négocie » une prolongation (c’est qu’il n’est que 11h !). On remonte donc en face le long d’un ‘champ’ de soufre, entre fumerolles et odeur d’œuf pourri bien marquée… Les jaunes y sont pétants :

Puis, après de rares névés sculptés de petits pénitents, une épaule permet d’élargir la vue sur la très belle laguna Celeste et ses eaux bleu laiteux. Cela nous parait plus sympa que l’ascension initialement prévue, aussi nous arrêtons-nous là. On savoure un très beau panorama, épargné des vapeurs et odeurs soufrées. Juste beau :

Puis, après cette pause hors du temps et un peu lunaire, nous prenons le chemin du retour, qui est simple et rapide, dans une ambiance de volcan actif toujours déroutante. Au 4×4, nous attend Gilberto avec le bon déjeuner de Sonia que nous sommes contents de déguster à flanc de montagne, à 5550m ! Les batteries rechargées, nous redescendons à Quetena, où nous bronzons autour d’une table de belote ! Avant d’aller prendre l’apéro au vin rouge (pour changer !) une fois le soleil disparu. Ah, ces Français…

J3 : De Quetena Chico à Huaylljara
Nous commençons cap au Sud, en passant par des sortes de marécages salins encore gelés (malgré le sel, c’est dire !). Puis, nous faisons halte dans un élevages de huarizos. Cet animal est le fruit du croisement entre alpaga et lama. Ces camélidés sont donc tout aussi curieux et sympathiques que leurs aïeux :

Zone marécageuse en plein désert !
Zone marécageuse en plein désert !

Puis nous continuons en direction de la frontière chilienne. Nous faisons escale près d’un lac afin d’observer de curieux oiseaux:

Puis nous rejoignons, par de grandes étendues en partie blanchies par le sel, la route venant d’Uyuni. Elle amène ses nombreux 4×4 et dans leurs sillages d’importants voiles de fumées, visibles de loin.  Tout le monde afflue en effet vers les thermes. Imaginez un bassin d’eau ferrugineuse de 38°C duquel l’on admire un lac salin où paissent de gracieuses vigognes, les rives où s’ébrouent des flamands roses et un arrière-plan de volcans à perte de vue…

C'est ti pas magnifique, une vigogne ?
C’est ti pas magnifique, une vigogne ?

Après cette chaude pause (première et dernière toilette du trip…), nous reprenons la route. Fin, la piste ! Bientôt, nous traversons le lunaire désert de Dalí, ainsi appelé car il rappelle une toile du maître. Saurez-vous reconnaître ?