Bolivie, entre lacs, Cordillères et volcans

Nous quittons Cusco après s’être fait fort plaisir une dernière fois de quelques plats bien locaux : raclette à la viande de lama séché, crêpe au caramel beurre salé… La gastronomie Péruvienne incarnée !… qui a du bon, avouons-le !
Le bus de nuit nous permet d’arriver au petit matin sur les rives du lac Titicaca sans faire escale à Puno, au charme semble-t-il limité. Le passage de frontière se fait facilement et nous débarquons bientôt à Copacabana. C’est une ville touristique, pleine de backpackers venus de tous horizons arpenter les rives du lac le plus haut du monde.

 

Nous dépensons nos premiers Bolivianos pour prendre cafés et grignottes près du port en attendant notre bateau. Puis, en 1h30 de calme navigation, nous rallions l’Isla del sol. Également très courue, elle regorge d’hôtels et de gargottes. Mais, outre qu’elle porte fort bien son nom, elle offre surtout une vue démente sur la Cordillère Royale toute proche :

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Isla de la luna qui s’embrase et Cordillère Royale au couchant

Nous déposons nos volumineux sacs à notre petit hôtel et profitons :

 

 

Puis, une balade nous permet de nous délecter de l’incroyable calme qui règne sur cette île. En effet, malgré la fréquentation, la sérénité est ici le maître mot : seules une légère brise et des mouettes viennent perturber l’agréable silence régnant ici. Nous sommes on ne peut plus contents de profiter d’une telle ambiance reposante après le frénétique Pérou. Serait-ce un pays plus apaisé ? Nous ne tarderons pas à le découvrir. Nous savourons l’instant.

 

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Presqu’île de Copacabana depuis l’île du soleil

Malgré la fermeture de la partie Nord de l’île (pour cause de litiges touristiques entre les communautés du Nord et du Sud), nous sommes subjugués par ce cadre enchanteur. Une courte balade nous en esquisse les motifs : des terrasses surplombant le bleu de l’eau, de nombreux belvédères sur l’Illampu et l’Ancohuma, la magnifique île colorée de la lune et des ruines Incas au bord du rivage,… le tout dans un calme olympien.

 

 

De retour sur la terre ferme, nous embarquons pour La Paz. Le trajet de fin d’après-midi est déroutant : les ondulations du relief offrent des vues surprenantes sur le rivage et les sommets environnants. Mais surtout, ce lac est interminable ! Nous passons plusieurs heures à le longer, puis à le traverser en bac (improbable), sans que jamais il ne finisse ! Le bus traverse ensuite l’Altiplano, une gigantesque pampa perchée à près de 4000m d’altitude. Cela nous mène à El Alto d’où nous découvrons une superbe vue plongeante sur La Paz. Belle entrée en matière ! Par une très raide descente, nous atteignons le centre ville, puis notre auberge.

Pragmatiques, nous commençons notre escale urbaine en allant dans la rue des agences pour préparer une sortie montagne. On y trouve pléthore de tour operators, tous meilleurs les uns que les autres…. ou plutôt forts incompétents : pour certains, je dois les corriger sur les voies d’ascensions locales, alors que c’est la base de leur business… Bref, après avoir consulté 3 pareils charlatans, nous arrêtons là les frais et partons arpenter la ville. Cela sera à pied, car le trafic est ici des plus denses. A deux pas, nous découvrons le marché des sorcières, avec ses poudres de perlinpinpin, pierres magiques, reliques mystiques, cartomanciennes et autres fœtus séchés de lamas… Déconcertant !

 

 

Puis nous montons (c’est systématique à La Paz !) afin de prendre la ligne jaune du téléphérique (devenu emblématique à La Paz, une petite révolution pour la ville), mais elle ferme juste avant notre venue pour maintenance… Qu’à cela ne tienne, nous continuons de prendre de la hauteur et jouissons ainsi d’une superbe vue sur la ville depuis un belvédère :

 

 

Nous sommes en plein dans le quartier Sopocachi, la zone Sud et chic de la ville. Les rues sont très calmes ici (d’un autre côté, on est dimanche…) et la vue plutôt sympa.

 

 

Nous redescendons puis remontons (tout est en pente, ici !) pour aller à la place Murillo. Tout le pouvoir y est concentré : le Parlement, bâtiment à moitié en ruine en réfection, la cathédrale avec sa façade néo-classique attenante au palais présidentiel surmonté par la toute fraichement inaugurée Casa del pueblo, gratte-ciel improbable et ruineux, lubie du célèbre président Evo Morales. Et comme si cela ne suffisait pas, les banques, ministères et Conseil régional sont tous dans l’environnement. Mais l’ambiance sur la place reste détendue, paisible même.

 

 

 

 

Le lendemain, nous allons voir un ami d’ami gérant d’une agence (merci Thibault !). Le contact est tout de suite beaucoup plus sérieux et engageant. Nous discutons ensemble des options possibles pour aller en montagne. Et dans l’attente de la proposition, nous allons faire nos amplettes dans les nombreuses boutiques d’artisanat qu’offre le quartier. Nous ne manquons pas non plus de goûter la spécialité locale, la salteña, sorte d’empanada sucrée salée fourrée de moult ingrédients dont viande, oeuf, légumes,… Le devis reçu, nous n’hésitons guère longtemps à le valider et nous nous retrouvons vite de nouveau chez Michael pour essayer chaussures et pantalon d’alpinisme. Le départ est donné pour le lendemain 7h. Ne nous reste plus que les sacs à boucler !

Macario, notre guide passe nous chercher à l’hostel puis nous allons récupérer matériel technique et nourriture à El Alto. Nous faisons connaissance avec un gars discret alors que les kilomètres défilent sur l’Altiplano. Nous sommes à 4100m d’altitude sur une vaste zone aride assez vallonnée. Au loin, les sommets de la Cordillère Royale apparaissent peu à peu. Nous empruntons bientôt une piste de terre et nous enfonçons dans la montagne. Les fermes perdues y sont nombreuses, avec leurs troupeaux de lamas, d’alpagas et de moutons. Après 1h15 de cette portion cahoteuse, nous coupons enfin le contact. Le cadre est très sauvage et fait penser à des pâturages d’alpages. Nous mettons le chargement de la voiture à plat et nous rendons vite compte qu’il nous faudra passer par des mules, ce que Mac nous arrange vite fait bien fait. Nous montons donc légers jusqu’au camp, au pied d’un beau lac d’altitude avec vue sur les principaux sommets du coin. Les mules arrivent peu après pour nous offrir de quoi nous restaurer. L’heure est alors trop avancée pour envisager d’aller au Pico Austria aussi optons nous pour… la sieste ! Efficace au point d’en oublier de se lever pour filer un coup de main à Mac : il devra venir nous réveiller pour… mettre les pieds sous la table !… Repas copieux puis vite, à la tente.

 

 

2h : le réveil sonne… Et oui, la montagne a quelques inconvénients ! Le petit déj’ est vite digéré sur la moraine, suivant le rythme tranquille de Mac. Puis le glacier arrive, avec ses pentes assez soutenues et ses belles grosses crevasses. La progression est rapide et nous rattrapons le guide Argentin et sa cliente juste au sommet du Pico Tarija pour jouir du lever de soleil. C’est un moment fort. Imaginez l’astre rougeoyant apparaissant juste derrière l’altier profil du Pequeño Alpamayo, révélant son allant tout en embrasant le glacier de tons orangés. Splendides instants.

 

 

Nous enchaînons par une brève descente puis attaquons l’arête. Elle est fort redressée et en neige moyenne (pas mal de glace). Or, la pente, déjà raide, se raidissait encore… Nous y passons beaucoup de temps, d’autant que Claire souffre de chaussures trop grandes. Mais l’ambiance est au rendez-vous et nous motive à poursuivre, la sécurité étant bien gérée par l’efficace Mac.

 

 

Le sommet est atteint après 2 bonnes heures de bataille nivale. La vue est au top :

 

 

Nous profitons, seuls en haut, la Cordillère s’étalant devant nous.

Sommet panoramique
Sommet panoramique

Puis nous abordons la descente : désescalade délicate et sur la corde au rendez-vous. 2h de plus pour rallier le Pico Tarija et contempler notre esthétique arête.

 

 

 

 

Puis c’est ensuite rapide jusqu’au camp.

 

 

Nous nous y régalons une fois de plus du repas préparé par Mac. La bronzette café terrasse sera de mise pour cette fin d’après-midi ! Avant que de nouveau nous nous restaurions copieusement et nous mettions bien vite dans nos duvets.

2h : le réveil sonne…  Mais cette fois je me lève seul, laissant Claire dormir un peu plus longtemps. L’expérience de la raide arête ne l’a pas convaincue et surtout, ses chaussures la gênent trop pour remettre le couvert aujourd’hui. Le petit déj’ avalé, nous partons avec Mac à l’assaut de la moraine puis d’un raide couloir peu agréable. Le glacier est vite remonté et, au lever du jour, nous sommes au pied de la tour sommitale.

 

 

Nous optons pour l’arête mixte (rocher + neige), qui semble fort esthétique. Mais nous tombons vite sur des conditions de neige délicates (euphémisme montagnard : en clair, neige pourrie !) associées à du rocher interactif (ndlr : pile d’assiettes) ! C’est donc avec force, concentration et une infinie délicatesse que nous progressons dans ce terrain miné. Les longueurs sont courtes et la tension, palpable. Mais Mac est prudent : nous sortons à la brèche sans problème, ayant juste dépensé pas mal de temps et d’énergie.

 

 

La suite de l’arête, tout aussi belle mais plus aérienne encore, réserve des passages forts esthétiques que nous avalons bien vite car en meilleure neige. Le sommet nous tend les bras…

 

La vue est ici encore plus panoramique que la veille. Sans vent et en plein soleil, la petite polaire me contente alors que je me pavane devant la Cordillère, les lacs d’altitude, le lac Titicaca et l’Altiplano. On distingue même les volcans de la frontière Chilienne !

 

Vue vers l'Ouest et l'altiplano gigantesque
Vue vers l’Ouest et l’altiplano gigantesque

Claire est alors en pleine grimpette. Partie vers 7h, elle est dans la partie finale de son ascension du Pico Austria, petite montagne (5350m…), en face de la notre, sans glacier. La vue y est également époustouflante :

Massif du Condoriri depuis le Pico Austria
Massif du Condoriri depuis le Pico Austria

La descente nous permet à chacun de savourer ce décor sublime, entre pics acérés plein de glace et altiplano Andin.

 

Redescente de la moraine
Redescente de la moraine

Mais cette phase est rapide et nous sommes vite rendus au camp où nous démontons la tente et mangeons pendant que la mule nous rejoint. Nous redescendons ainsi légers.

Proposition de retour éco-responsable ?
Proposition de retour éco-responsable ?

La route, aussi belle soit-elle, nous endort quelque peu : après deux réveils forts matinaux, le retour est un moment de relâchement et nous somnolons bien vite… Le retour à La Paz se fait dans le bruit, les bouchons et la pollution : le contraste avec notre petit paradis de calme montagnard est fort ! Mais la vue est ici encore étonnante : cette cuvette urbaine de briques et d’adobe surmontée par les 3 nevados protecteurs de la ville (Illimani, Mururata & Huayna Potosí, objectifs d’une prochaine visite ?) dégage vraiment quelque chose.

Le lendemain, nous voulons profiter d’une journée de repos pour découvrir la ville. Mais c’est sans compter les retrouvailles avec notre ami Picard, Gauthier ! Nous trainons donc à discuter en buvant de la bonne bière (Niebla : enfin une boisson houblonnée digne de ce nom, et en pression s’il vous plait). Puis, nous organisons un trip vers les volcans du Centre Est du pays, aussi ne découvrons-nous guère la ville ! L’apéro continuera le soir à l’auberge, en attendant la livraison du matos de location…

Panoramique de La Paz
Panoramique de La Paz

Après un lever matinal, nous nous échauffons en marchant avec nos gros sacs jusqu’au terminal. Le bus confortable nous emmène progressivement vers des steppes d’altitude, traversant l’altiplano puis bifurquant vers l’Est. Nous découvrons de superbes paysages arides parsemés de blocs rocheux volcaniques aux formes les plus diverses. Les reliefs rappellent un peu le granite de Bavella (Corse) travaillé par les vents et l’eau salée. C’est un petit coin de paradis pour grimpeurs (de bloc essentiellement) ! Puis nous découvrons la star locale, le volcan Sajama: du haut de ses 6540m, il domine cette vaste plaine salée (prémisse des salars plus au Sud ?) de son imposant relief enneigé. Il est entouré d’une noria de volcans formant la frontière avec le Chili voisin, tous avoisinant les 6000m… Deux sortent du lot : les Payachatas (pics jumeaux en aymara), Parinacota et Pomerape. Voyez pourquoi :

 

 

Nous avons été accueillis par un combi au sortir du bus. Aussi, les affaires déposées dans notre auberge, nous sommes rapidement dans le village, tant pour y prendre un café en compagnie d’un couple de Grenoblois (doudounes obligent !) que pour savourer la vue démente qu’offre ce bled au milieu de nulle part. A vous d’en juger :

 

Puis nous partons pour les thermes. 7km de piste plane (mais à 4100m tout de même !), me permettent de convaincre Claire d’aller le lendemain tenter le Parinacota et son cône enneigé parfait. Il donne trop envie. La marche nous permet de contempler le Sajama sous ses diverses faces. Impressionnant quand même, ce sommet. Puis nous profitons d’eaux chaudes ferrugineuses et soufrées (à l’odeur caractéristique d’œuf pourri  !) avec vue sur le Sajama et les lamas qui paissent à son pied… Le pied !

 

Le retour se révèlera un peu fastidieux : 7km, c’est long en fait ! Puis nous sympathisons et prenons l’apéro avec un couple de Parisiens avant de nous faire à manger, seuls radins à ne pas se restaurer à l’hôtel… Mais la plâtrée de pâtes du randonneur est efficace et, le sac bouclé, nous sommes vite allongés pour quelques heures de repos.

Car un nouveau réveil dès potron minet nous attend : après un bref petit déj’, nous nous réfugions dans le 4×4 d’Ariel accompagné de son jeune frère (cousin ?). 1h30 de montée sableuse nocturne dans un no man’s land nous mène à l’improbable refuge, où nos pires craintes se confirment : il y a du vent. Une douce brise… de 55-60km/h constante avec des rafales à 70-80km/h nous gifle en pleine face ! Nous luttons dans le noir complet : la lune est cachée et la cendre est noire. Et on en prend plein la gu… : les yeux et la bouche sont emplis de cette cendre volcanique légère que le vent soulève, un vrai régal !… C’est donc logiquement que nous faisons demi tour. Nous redescendons notre maigre dénivelé en… 15min ! La cendre a ses bons côtés ! Et réveillons nos chauffeurs, en fait ravis de rentrer dormir au chaud… Le lever du jour est agréable, mais gâché par la déception qui nous anime : ce sommet à l’air tellement beau ! Mais au final, il n’y a pas de regret à avoir car ça a soufflé fort toute la journée. Nous avons donc bien fait de renoncer… et de nous recoucher ! Ce sera une bonne occaze de revenir se balader dans ce magnifique parc naturel du Sajama ! Via notre bon petit Ariel, nous resortons du parc vers midi afin de prendre un bus au niveau de la frontière Chilienne. Nous avons en effet la chance de tomber direct sur un bus avec 2 places dispos… Aussi, 5h plus tard sommes-nous rendus à notre petite auberge proche du centre, encore tout émus de notre aventure désertico-volcanique. Et c’est là que les copains cyclo de Cusco (Gauthier, Evelyne et William) font vibrer nos téléphones.

Nous les retrouvons le lendemain pour une visite de la ville, en téléphérique je vous prie ! Car La Paz est célèbre pour ce moyen de transport ultra-moderne, installé depuis 4 ans et toujours en cours (bientôt 11 lignes !). Et ce city-tour des airs s’avère fort instructif.

 

 

 

Et c’est après ce moment convivial partagé avec nos amis cyclistes que nous quittons cette grande métropole pour aller trouver plus au Sud une ambiance désertique faite de salars et autres étendues arides… Après un dernier regard sur la ville :

 

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Trek du Choquequirao au Machu Picchu, notre chemin de l’Inca…

Voici notre dernier article sur le Pérou, mais il nous restera encore tout notre séjour en Bolivie à vous raconter… un vrai pays coup de cœur !

Après un magnifique trek autour de l’Ausangate, nous prenons quelques jours pour nous reposer à Cusco avant d’attaquer le prochain. Celui-ci nous prendra 8 jours pour atteindre le mythique Machu Picchu, en passant par le site Inca du Choquequirao, plus méconnu mais tout aussi mystique. Ce trek emprunte un des nombreux chemins de l’Inca qui quadrillaient tout l’ancien empire qui s’étendait jadis de la Colombie jusqu’au Chili. Une route qui se mérite…

J1 : Mirador de Capulhioc – Santa Rosa bajo. Mardi 28 août, nous nous levons à l’aube pour attraper le premier bus qui nous mène jusqu’au village de Cachora, à une centaine de kilomètres à l’Ouest de Cusco. En sortant du bus, nous partageons un taxi avec Elea et Louise, deux petites françaises bien sympathiques qui partent découvrir Choquequirao en 4 jours. Le taxi nous monte jusqu’au Mirador de Capulhioc en ayant largué les filles avant pou aller chercher leur muletier. De notre côté, nous avons décidé de faire nos propres mules, nous ne sommes donc pas mécontents de commencer notre trek du mirador, ce qui nous évite 10 bons kilomètres de plat sur piste de 4×4… Notre trek commence donc vers 12h, plein cagnard, avec une vue plongeante sur les vallées encaissées et arides qui nous attendent. Nous avons changé d’altitude ici, donc de climat : nous ne sommes plus qu’à 2000 m, il fait chaud et nous plongeons vers la rivière Apurimac en fond de vallée, 1500 m plus bas. La descente est infernale, casse les genoux avec le poids du sac sur le dos et le soleil écrasant. Nous arrivons en bas lessivés avec un besoin en sucre urgent. Au bord de la rivière, nous expérimentons également notre première rencontre avec les ‘sandflies’, petites mouches noires qui te mordent et te laissent des boutons qui grattent pendant des jours… Charmant petit animal… Les recharges en sucre étant faites, nous pouvons attaquer la seconde partie : remonter les 1500 m que nous avons descendu sur la montagne d’en face… Mais on vous rassure, nous ne remontons que 500 m, pour laisser le reste au lendemain ! La montée est beaucoup moins éprouvante et nous arrivons à notre premier camp : Santa Rosa bajo. Nous nous posons dans un petit ‘camping’ tenu par une petite mamie. Une bonne douche froide nous attend ainsi qu’une petite soupe préparée par mamie, peu copieuse… Nous voyons arriver deux heures plus tard, Eléa et Louise qui traînent leur muletier de 70 ans, toute une histoire !

J2 : Santa Rosa bajo – Site du Choquequirao. Nous préparons notre petit dej’ et plions la tente vers 8h… Un peu tard, le soleil tape déjà pas mal et 1000 m de dénivelé positifs nous attendent ! Nous partons en même temps que les filles mais prenons un bon rythme et les dépassons rapidement. Monter est définitivement bien moins pénible que descendre. Nous arrivons au village de Marampata avant 12h, le temps pour nous de se faire un bon repas mais surtout de se ravitailler pour la suite car c’est le dernier village que l’on croisera avant quelques jours… Nous profitons du soleil en attendant notre plat de riz-lentilles qui nous calera pour la journée. Nous recroisons les filles que nous dépannons de quelques Soles pour qu’elles puissent payer leur entrée au site du Choquequirao. Nous reprenons ensuite la route pour atteindre les portes du site où nous installons le second camp. Une fois la tente montée, nous profitons des derniers rayons du soleil pour visiter la partie basse du site Inca. Constituée essentiellement de terrasses agricoles, nous prenons la mesure de l’ampleur du site qui n’a été défriché qu’à 60%. Le soir, nous partageons une petite bouteille de vin rouge avec Eléa et Louise ainsi que 3 français. Nous sommes quasi les seuls visiteurs du site avec un groupe de 3 américains partis avec guide, muletiers, cuistots. On est plutôt tranquilles…

J3 : Choquequirao – Rio Blanco. Après le petit dej’ et repli de la tente, nous discutons avec Benoit, arrivé dans la nuit, un autre français bien sympa qui fait le même trek que nous dans le sens inverse et nous donne les bons plans ! Un peu pipelettes, nous partons donc un peu tard pour visiter la partie haute, majeure, du site du Choquequirao. D’énormes ruines de maisons Incas se présentent à nous, une ancienne place du village, les terrasses aux lamas , la maison sacerdotale… Tout cela est bien mystérieux et nous manquons un peu d’explications sur le lieu, mais nous nous sentons un peu tels Indiana Jones à la découverte d’un site archéologique majeur, au vu des nombreuses ruines à défricher et du peu de monde sur le site. Belle ambiance ! Nous reprenons ensuite le chemin de notre trek, en quittant les ruines vers un col à 3200 m. De là, de nouveau une grande descente infernale de 1500 m nous attend. Au milieu de cette descente, un nouveau site Inca surgit, Pinchanuyoc : encore de belles terrasses à moitié défrichées, avec une source au centre du lieu. On recharge nos gourdes, puis terminons notre descente jusqu’au Rio Blanco, notre camp 3. Cette belle rivière est malheureusement jonchée de déchets (même au milieu de nulle part…) et de sandflies fort agressives… Cela gâche un peu le bivouac.

J4 : Rio Blanco – Maizal. Ce matin, il nous faut remonter… 1200 m ! Nous avons un peu l’impression de naviguer sur d’énormes montagnes russes ! Nous prenons le petit dej’ sous la tente, les sandflies étant malheureusement aussi matinales… Et décollons vers 8h30. Il fait déjà très chaud et la montée est plus que corsée, nous prenons en revanche vite de l’altitude au vu de la raideur du chemin. A 11h30, nous sommes donc déjà au camp, à Maizal, un petit camping chez l’habitant qui domine toute la vallée avec les premiers sommets enneigés qui pointent au loin. On décide de s’arrêter ici pour la journée et donc de faire une après-midi de pause, au soleil, en en profitant pour faire la lessive (c’est qu’on commence à puer un peu…). Le soir, nous partageons le repas avec notre hôte et une bande de travailleurs qui construisent une route au beau milieu de la jungle un peu plus loin. Une soirée fort sympathique au feu de bois, entre discussions avec les travailleurs, langage quechua et la poule qui se fait tordre le coup devant nos yeux à la fin du repas… On apprend pas mal de choses sur les projets du gouvernement quant au devenir du site du Choquequirao (on parle de téléphérique pour y accéder, contre 4 jours de marche…) lié étroitement à celui du Machu Picchu qui s’affaisse au fil des ans vu le nombre de touristes qui le piétinent (quotas fixés par l’Unesco non respectés)… Tout un débat sur lequel nous ne nous étendrons pas ici.

J5 : Maizal – Yanama. Nous décidons de partir tôt ce matin pour bénéficier un peu de la fraîcheur matinale. La végétation a changé, nous marchons désormais dans une jolie jungle jonchée de fleur colorées, le tout enveloppé dans une brume matinale. Nous avons encore 1000 m à monter pour arriver jusqu’au col San Juan, entre boue et marches trop grandes pour nos pattes. Mais arrivés au col, l’immensité de la Cordillère Vilcanota s’étend devant nous : de magnifiques nevados qui culminent à plus de 5000 m. On en profite pour faire sécher la tente rapidement, grignoter un petit bout, et nous repartons ! De l’autre côté, nous plongeons cette fois-ci vers le village de Yanama. La descente est magnifique, des mines jonchent tout le chemin, déposant sur celui-ci des roches éclatantes avec des reflets dorés, nacrés, argentés, … Les falaises sont creusées pour faire passer le chemin à flanc, le tout devant une cordillère enneigée au loin… On ne voit pas passer les quelques heures jusqu’à Yanama. Nous y arrivons à 12h , à notre premier ‘vrai’ village du trek. Un village où les gens te donnent tous une information différente lorsque tu leur demandes s’il y a un bus qui passe un jour. Un village qui rend un peu fou ! En effet, une route a été construite depuis peu menant jusqu’à ce village complètement enclavé. Nous préférons donc prendre celle-ci avec le bus plutôt que de marcher pendant des dizaines de kilomètres sur une piste à 4X4. Sauf que le bus, il n’y en a pas ce jour là ! Visiblement… Nous finissons donc par négocier avec un couple d’américains et leur guide pour nous incruster dans leur camion privé… en échange d’une bonne dizaine de Soles bien sûr ! Toute une histoire… Mais nous avons fini par trouver un transport pour le lendemain. Nous pouvons dormir tranquilles sur nos deux oreilles dans le sympathique camping Choquequirao qui nous accueille.

J6 : Yanama – Mirador Machu Picchu (entre Lucmapampa et Hidroelectrica). A 9h, nous plions la tente au soleil et sommes prêts à embarquer avec nos touristes américains qui distribuent un sac poubelle entier de stylos à tous les enfants qu’ils croisent sur la route… Une pratique critiquable qui pousse les enfants à la mendicité auprès du touriste. Mieux vaut donner tous ces stocks dans les écoles que les professeurs redistribueront ensuite. Mais là n’est pas le sujet… La route en bus est très belle, nous passons un col à 4700 m, puis basculons dans une autre vallée, plus aride, jusqu’à rejoindre la fin du trek du Salkantay, un autre trek connu pour atteindre le Machu Picchu. On nous dépose au pied de la suite de notre trek, au village de Lucmapampa. Ici, nous nous incrustons dans la kermesse locale pour déguster un ceviche (plat typique à base de poisson mariné) et rattaquons la marche vers un nouveau col qui nous mène à un mirador splendide sur le site du Machu Picchu. Nous pensions trouver sur la route tous les trekkeurs du Salkantay, mais personne ! Nous avons la vue pour nous et mâchons quelques feuilles de coca pour rendre hommage au site, aux Incas… Nous posons la tente sur ce magnifique mirador. Il y a même une douche avec vue sur… Machu Picchu. 2 français arrivent finalement dans la soirée mais nous ne nous gênons pas. Après un bon repas auprès du feu, nous nous couchons heureux.

J7 : Mirador Machu Picchu – Aguas Calientes. Petit matin… nous entrebâillons l’ouverture de la tente, le soleil se lève à peine, le sommet du Salkantay, un monstre de plus de 6000 m, se découvre et nous laisse entrevoir ses pentes enneigées. De l’autre côté de la tente, le Machu Picchu est encore sous les brumes, mais les couleurs pastels du lever du jour mêlées aux brumes matinales sont splendides. Nous discutons un peu avec Clément et Magali, les 2 français et prenons la route de la descente vers Hidroelectrica, la centrale située au pied du Machu Picchu, d’où part la voie de chemin de fer. Sur la descente, nous croisons un autre petit site Inca, puis arrivons bien vite jusqu’aux rails, là où se trouvent tous les touristes qui ont décidé de marcher jusqu’au Machu Picchu en longeant les rails (les autres ayant pris le train hors de prix depuis Cusco). Longer les rails jusqu’au pied du site sur 11 km n’est pas une partie de plaisir mais les falaises vertigineuses qui nous entourent et portent le site du Machu Picchu sont de toutes beauté. Nous arrivons enfin au Puente Machu Picchu, l’entrée officielle du site et y plantons la tente dans un petit camping attenant. Nous avalons ensuite les quelques mètres qui nous séparent de la ville totalement artificielle d’Aguas Calientes, un petit Disneyland à la péruvienne, passage obligé pour aller acheter nos billets pour le Machu Picchu. De retour au camping, nous nous couchons tôt après un petit repas au bord des rails.

J8 : Machu Picchu – retour à Cusco. Lever 4h, c’est le prix à payer pour être parmi les premiers à entrer sur le site du Machu Picchu, avant les bus qui montent les hordes de touristes qui ne veulent pas avaler les centaines de marches qui mènent au site. Enfin, c’est ce que l’on croyait…, car arrivés  à 4h50 devant le pont d’entrée, une centaine de personne fait déjà la queue… C’est ainsi ! Nous retrouvons dans notre montée des marches Clément et Mag, les grenoblois que nous avions croisé la veille à notre mirador. Nous passons le reste de la journée ensemble pour la visite du Machu Picchu. Arrivés à 6h aux portes du site, nous découvrons la merveilleuse cité Inca, sous le soleil, avec toujours ces brumes matinales qui renforcent  la mysticité du site. Cela a beau être ultra touristique, cela n’enlève rien à la beauté envoûtante de cette cité Inca perchée au beau milieu de la jungle. Nous commençons la visite par la porte su soleil qui nous écarte un peu de la foule et nous permet d’admirer le Machu dans la totalité de sa gradeur. Puis, nous partons à l’assaut de ses dédales. Toujours des terrasses agricoles, toujours des temples, du soleil, de la lune, mais des bâtiments beaucoup plus élaborés qu’ailleurs avec des édifices consacrés à l’astronomie, au calendrier, aux saisons…,  la représentation d’un condor de pierre (il faut avoir un peu d’imagination…) et une vénération pour la montagne du Wayna Picchu qui surplombe la cité et qui est mise en scène à travers les divers édifices. Beaucoup de mystère perdure autour de la cité du Machu Picchu, les chercheurs ne savent toujours pas très bien quelle était la fonction de cette cité mais celle-ci reste une petite merveille pour sûr. Après 4-5h de visite, nous redescendons nos marches pour aller replier notre tente et reprendre la route des rails dans l’autre sens… A Hidroelectrica, nous attrapons le premier bus qui rentre à Cusco… pour 6h de route. Cusco, 22h, nous revenons dans notre petite auberge l’Estrellita.

Nous restons 2 jours de plus à Cusco pour nous délasser un peu les jambes et planifier la suite du voyage, tout en retrouvant quelques amis cyclistes. Puis, nous prenons notre bus de nuit direction Copacabana, Bolivia !

Cusco, empire Inca et montagnes spectaculaires

Après une courte escale à Lima, nous prenons la route pour Cusco, cité Inca mythique, autour de laquelle nous allons rayonner quelques semaines entre découverte de sites archéologiques Incas et treks dans de grands espaces sauvages.

Jeudi 16 août, nous arrivons à Cusco dans la petite auberge de l’Estrellita, adresse conseillée par notre ami Denis qui s’avère être un repère de cyclo-randonneurs. Autant vous dire que les rencontres y sont plutôt sympas ! Nous y croisons plusieurs couples, dont beaucoup de français qui font la traversée Alsaka-Ushuaïa, mais aussi Gauthier et Francis, son père, des picards bien fun qui arrivent de Lima en vélo, route réputée comme étant l’une des plus difficiles d’Amérique du Sud en 2 roues. Nous découvrons donc tranquillement la magnifique ville de Cusco et faisons connaissance avec nos amis cyclistes qui ponctueront notre séjour. Entre temps, nous tombons également sur une crêperie française, La Bohême, qui rejouit nos papilles !

Après un petit dej’ au soleil dans la cour de l’Estrellita, partagé avec les copains cyclistes, nous prenons la route pour 2 jours autour de la vallée sacrée, à la découverte de nos premiers sites archéologiques Incas. On monte donc dans le colectivo pour le village de Chinchero où nous admirons les premières ruines Incas avec un élément que nous retrouverons sur chaque site, les fameuses terrasses utilisées pour l’agriculture à l’époque, sur des dizaines d’hectares. Ils avaient déjà compris beaucoup de choses qui rappellent les techniques de permaculture pour ceux qui connaissent !

Une fois le site visité, nous nous postons au bord de la route pour attraper le premier colectivo qui passe, qui nous dépose à une bifurcation pour aller visiter le prochain site de la journée : les Salineras de Maras, des cultures de sel en terrasse impressionnantes de couleurs et de textures diverses. Arrivés à la « bifurc », nous n’avons pas le choix que de nous faire racketter de 100 Soles (après négociation !) par un chauffeur qui nous fera faire une dizaine de km entre les salines et la ville d’Ollantaytambo à laquelle nous terminerons notre journée… Les Salineras sont vraiment magnifiques, mais bondées de touristes en mode « perche à selfie » qui n’ont rien d’autre à faire que de prendre eux en photo plutôt que le paysage… Bref, il semblerait que ce soit la mode partout !

Le chauffeur nous emmène ensuite à Moray, un autre site Inca, paraissant tout droit sorti de l’imagination d’un extraterrestre atterri sur Terre. Il s’agit cette fois d’immenses terrasses concentriques que nous vous laissons contempler sur les photos. Enfin, notre chauffeur nous emmène jusqu’à Ollantaytambo, par une route sinueuse dominant la vallée sacrée et la cordillère Vilcanota. Ici, nous regagnons nos pénates dans un petit hostel au centre et nous rejoignons nos copines du Huayhuash, Emeline et Lulu, qui reviennent du Machu Picchu, pour un bon petit repas partagé ! Elles nous rencardent aussi sur tous les bons plans pour la prochaine étape de notre voyage : le trek de l’Ausangate, que nous souhaitons faire en autonomie.


Notre deuxième jour dans la vallée sacrée commence par la visite du site principal d’Ollantaytambo. La ville est située dans une vallée encaissée, surplombée par les montagnes verdoyantes et des ruines Incas visibles depuis le centre, magnifique ! Nous prenons notre temps pour déambuler entre terrasses et temples avant de nous rendre compte que nous allons être à la bourre pour notre prochain bus.


Nous remontons donc dans un colectivo, direction le site de Pisac. Après un colectivo, un tuk tuk, un deuxième colectivo, puis un taxi, nous arrivons sur les ruines de Pisac 2h plus tard. Nous n’avons donc que 2 petites heures pour visiter l’immense site de Pisac avec les plus grandes terrasses que nous ayons vues jusque là, des sites perchés sur des éperons rocheux, des temples, de la lune et du soleil, un hôpital reconstitué avec son toit de chaume… Dommage qu’il n’y ait aucune explication… Pour cela il faut payer un guide à l’entrée, avec chacun son explication bien personnelle… Donc bon, on se contente de faire travailler notre imaginaire ! Nous terminons, la visite par la descente des longues marches jusqu’au village, dans lequel nous traversons le marché artisanal, toujours éclatant de mille couleurs chatoyantes. Un dernier petit colectivo, un peu cher, et nous sommes de retour à Cusco ! Nous retrouvons toute la bande des cyclistes à l’Estrellita, ainsi qu’Emeline et Lulu que nous avons convaincue de la qualité de l’adresse. Nous partageons un bon repas tous ensemble.

La journée du lendemain est consacrée à la préparation de notre trek de l’Ausangate. Sur les bons conseils d’Emeline et Lulu, nous préparons celui-ci sereinement avec les 4 jours de bouffe dans le dos. Mais avant le départ, nous profitons d’une dernière soirée avec la bande, les filles partant marcher 5 jours sur les bords du lac Titicaca pour rejoindre la Bolivie et Yves et Fred, 2 cyclos bien sympas que nous espérons revoir, reprennent la route à vélo, toujours direction Ushuaïa. Mais en attendant, ce sont de bonnes bouteilles de vin chilien et même péruvien qui nous attendent, agrémentées de bon fromage français (Comté et Tomme de chèvre… nous en rêvions !) ramenés par un ami d’Evelyne et William, 2 autres cyclistes qui préparent les mêmes treks que nous.

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Soirée avec la bande des cyclos à l’Estrellita… cherchez l’intrus sans doudoune 😉

Mardi 21 août, nous voici partis pour le trek de l’Ausangate, on se donne 4 jours en autonomie. Ce massif situé à une centaine de kilomètres au Sud-Est de Cusco se rejoint en 3-4 heures de bus jusqu’à la ville de Tinki. De là, à 12h, nous négocions avec un groupe d’israéliens une montée en taxi jusqu’au point le plus haut du trek, le village d’Upis. La négociation menée avec le chauffeur de taxi par les israéliens est plus que rude, nous sommes un peu choqués des pratiques israéliennes et arrivons donc au point de départ de notre trek pour un tarif dérisoire… mais franchement pas fiers…

J 1 : Upis – Laguna Yanacocha. Nous entamons la première demi-journée du trek sous le grésil, chouette !! On nous a prévenu que la météo était ici bien froide mais quand même… Cela ne durera pas bien longtemps puisque nous avons les 4 saisons en… 1h : du grésil, à la neige, nous passons au grand soleil puis au brouillard et au vent… déconcertant ! Mais l’ambiance est du coup magnifique, avec les pentes environnantes saupoudrées d’une fine couche blanche et les brumes enveloppant les sommets avec les rayon du soleil transperçant le brouillard, c’est beau ! Après un premier col à 4800 m, le Paso Arapa, nous descendons tout doucement vers notre lieu de bivouac au bord du lac Yanacocha. Nous y sommes à 16h30 et plantons le camp sous les rafales. Nous mangerons donc sous la tente…

J2 : Laguna Yanacocha – Laguna Pucacocha. Nous décollons vers 7h30 de notre campement, direction la montagne des 7 couleurs, qui constitue un « petit » crochet dans notre tour de l’Ausangate. Nous prévoyons d’aller voir la montagne en aller-retour depuis la laguna Pucacocha. Nous planquons donc les gros sacs au pied du lac pour partir légers à l’assaut de cette longue journée qui nous attend avec le passage de 2 cols à 5000 m x2 (puisque aller-retour). Sortant complètement de l’itinéraire tracé du tour de l’Ausangate, nous avons un peu de mal à trouver le chemin qui mène à notre premier col. Après une bonne 1/2h de tergiversation (très bon exercice d’orientation!), nous finissons par trouver la route vers notre premier col (à 4900 m exactement). Nous voyons d’ici l’immense pampa qui s’étale devant nous avec des montagnes déjà très colorées, rougeoyantes. Nous partons donc à l’assaut de celle-ci, avec des passages en neige. Et on se rend ici vite compte que nous avons complètement surdimensionné notre journée… Un aller-retour avec passage de 5 cols à 5000 m, environ 25 km de distance et 2000 m de D+… c’est juste inhumain… Nous avons mal calibré notre journée, c’est clair ! Nous décidons donc d’aller jusqu’au second col à 5000 m et d’y admirer de là, de loin, notre fameuse montagne des 7 couleurs avec une immense pampa qui nous en sépare. Et nous faisons bien, car le retour est fastidieux, étant à cours de flotte… Nous arrivons à 16h, après avoir récupéré nos sacs, à la laguna Pucacocha où nous installons notre second camp. Nous sommes accueillis de nouveau avec le grésil et avec un vieux paysan sorti d’on ne sait où, qui essaie de nous extorquer 10 Soles pour camper au milieu de nulle part… La discussion est houleuse avec Jean-Yves. On commence à en avoir marre d’être pris pour des dollars ambulants. Nous avons payé notre billet d’entrée au parc (10 Soles chacun) qui nous donne notamment le droit de camper partout. Ces pratiques opportunistes et injustifiées des péruviens commencent donc à nous courir sur le haricot. Ça gâche toute les rencontres humaines que nous pouvons faire dans ce pays, c’est très dommage…

J3 : Laguna Pucacocha – Jampa. La plus belle journée du trek nous attend. Nous partons toujours à notre heure de prédilection, 7h30 et longeons les 3 lacs cristallins dans lesquels se déversent les glaciers de l’Ausangate. Nous jouissons d’un magnifique soleil aujourd’hui et pouvons admirer cet immense massif glaciaire qui rivalise amplement avec les sommets du Huayhuash. Les lamas et alpacas sont partout et broutent ras les herbes des plaines de l’Ausangate, nous avons même la chance de croiser un troupeau de vigognes, magnifique espèce protégée aux allures de gazelles. Après le passage d’un premier col à 4800 m, nous plongeons vers la laguna Ausangatecocha et croisons de jolis alpacas coiffé de couettes roses sur les oreilles (une manière de marquer le troupeau plutôt respectueuse de l’animal). De là, nous remontons vers un long col à 5100 m qui se termine par un passage en neige. De nouveau, un autre péruvien, plus jeune, nous coure après pour nous réclamer des sous, sous prétexte de droit de passage ! C’en est trop. Nous refusons de payer et passons notre chemin, il n’insiste pas… Ça en dit long sur la justification du paiement… La montée et descente du col n’en reste pas moins magnifique, avec les cascades de glace à notre gauche et le sommet de la Mariposa qui se découvre. Nous croisons un muletier en route, Elias, celui de nos amies Emeline et Mumu : que le monde est petit ! Il est bien sympa et nous donne quelques filons pour se débarrasser des opportunistes de passage. Ça fait du bien de tomber sur un péruvien sympa !… Nous terminons la journée par une remontée vers notre troisième camp, dans la plaine de Jampa, depuis laquelle nous avons une vue démente sur un nouveau massif glaciaire. Nous essayons de planquer un peu la tente entre les blocs rocheux pour qu’on ne vienne pas nous embêter.

J4 : Jampa – Pacchanta. Nous repartons de bonne heure aux premières lueurs du soleil qui nous réchauffent un peu. Bon, ça ne manque pas, quelques mètre plus loin, cette fois, une mama vient nous réclamer 10 Soles, on l’ignore en lui disant qu’on a déjà payé, point barre. Ce sera la dernière fois… ouf ! Nous attaquons ensuite une montée très progressive, donc très longue vers le col Campa à 5000 m. De là un autre immense massif glaciaire nous surplombe, magique. Puis, nous descendons le col vers les 3 lacs, et, sur la route, une petite vendeuse sortie de nulle part, avec son chapeau caractéristique de la région de l’Ausangate (une sorte de galette sur la tête attifée d’un napperon) nous présente son artisanat. Plus chouette comme contact ! Nous lui achetons un joli bracelet, ne pouvant pas trop se charger plus… Arrivés aux 3 lacs, nous profitons de la vue pour pique-niquer dans le vent puis reprenons la route jusqu’à notre destination finale : le village de Pacchanta. Nous arrivons au village vers 14h. C’est un peu un bled et nous galérons à avoir des informations pour trouver un véhicule qui pourra nous descendre jusqu’à Tinki. Finalement, un bus de touristes arrive et nous demandons au chauffeur si nous pouvons nous incruster. Il accepte et nous ramène même jusqu’à Cusco, le top !  Après 4-5 longues heures de bus (bouchons obligent), nous arrivons vannés à l’Estrellita (notre 2ème camp de base après Huaraz), mais heureux et des étoiles plein les yeux de ce magnifique trek de l’Ausangate. Lien vers C2C ici.

Nous prenons ensuite quelques jours de repos à Cusco avant d’enchaîner sur notre prochain trek : du Choquequirao au Machu Picchu…

 

 

Dernières grimpes en Cordillère Blanche

Après un magnifique trek de 8 jours, notre séjour à Huaraz se poursuit  par des activités toutes aussi montagnardes. D’abord, une adorable journée de grimpe avec les copains de « Huasyhuash pingas ». Puis ensuite l’ascension d’un beau belvédère neigeux, le Pisco. S’ensuivent deux journées d’escalade, les fourmis dans les doigts se faisant trop présentes… Enfin, nous achevons le trip par une balade à un lac d’altitude avant de poursuivre notre cap au sud, direction Lima, puis Cusco.

 

De retour de trek, nous souhaitons poursuivre la bonne ambiance vécue ensemble pendant 8 jours avec le groupe du Huayhuash en allant profiter du beau temps sur les falaises. Aussi, après la nécessaire mais laborieuse étape de location du matériel, nous nous retrouvons à notre camp de base, Caroline lodging, notre auberge du réconfort, pour partir à pied vers le site d’escalade. Los Olivos est un petit site d’escalade urbain situé à moins de 30 min de marche du centre, donc l’idéal pour une demie-journée de grimpe au soleil. Nous nous égarons quelque peu mais finissons par trouver l’accès au caillou. Bientôt, les cordes sont posées et les grimpeurs peuvent s’exprimer. Le rocher est un conglomérat volcanique surprenant aux formes et aspect originaux, sculpté et coloré. L’escalade s’en trouve assez athlétique sur grosses prises mais les voies sont très courtes : cela rend aisée la découverte de la grimpe.

Le soleil est très généreux. Il tape fortement, réfléchi par le rocher sombre et la falaise en forme de conque, et nous cuit littéralement car nous sommes plein Nord (on est dans l’hémisphère Sud…) : gare aux coups de chaud ! La pause casse-graine à l’ombre est donc plus que bienvenue… Puis nous forçons un peu plus, permettant aux plus hardis de s’attaquer à quelques difficultés. Ainsi, la journée est un beau succès partagé, dans une belle ambiance farniente aux pied des falaises. Ça nous manquait !…

 

Fort de notre acclimatation poussée (7 nuits au-dessus de 4200m !), nous pouvons désormais envisager sereinement des courses en haute montagne. En effet, ce n’est pas le souffle qui devrait nous manquer !.. Nous jetons notre dévolu sur un sommet ‘facile’ de la Cordillère Blanche (si, si, il y en a quelques-uns d’abordables !) : le Pisco. Il s’agit d’un beau Nevado aux difficultés modérées culminant à 5750 m et offrant un magnifique panorama sur la Cordillère Blanche car fort bien placé. Parmi la bande des « Huayshuash pingas », vis-à-vis des dispos et envies de chacun(e), nous serons 4 à partir : avec Alex de Seattle et Fred de Grenoble. Nous passons un temps infini à louer le matériel avec une Alex toujours un peu paumée, ce qui ne facilite rien… C’est donc fatigués d’une journée à cavaler en ville entre matériel, nourriture et récolte d’infos sur les conditions et la météo que nous nous affalons dans un bar pour trinquer avec ceux qui quittent Huaraz. Nous retrouvons ainsi Laetitia, Leon et Denis pour un dernier clin d’œil. Nous nous effondrons bien tardivement sur nos lits, après une énième heure pour boucler les sacs… Le lever dès potron-minet est donc rude : 5h, ça pique ! Alex, qui semblait KO la veille, est bien de la partie, mais parait marquée. Nous prenons un taxi puis le combi pour Yungay, à 1h de route. Et arrivés dans cette bourgade, c’en est trop pour Alex : elle a pris un peu trop le soleil la veille sans être guère protégée et semble le payer fortement. Nous voilà donc pas contraints, après une petite pause déjeuner, à devoir refaire les sacs au pied du bus afin que Fred ait une tente où dormir, une popotte, … Ça commence folklo ! Surtout que Claire n’est pas dans son assiette non plus… Aïe… Nous décidons malgré tout de poursuivre le périple routier par un autre combi. Il nous mène aux lacs de Llanganuco. Ils sont à la hauteur de leur réputation : très beaux lacs d’altitude aux bleus déments. Nous nous arrêtons juste au-dessus de la plaine. Chargés comme des ânes, il est 10h passées aussi partons-nous fissa en direction de la rivière où les muletiers devraient pouvoir nous soulager. Sauf que les mules n’y sont plus ! Elles sont en réalité 25 à 30min plus bas, contrairement à il y à 8 ans, lors de mon précédent passage… Dommage! Déposant mon sac, je courre dans la pampa puis négocie (le mot est fort : je me fais littéralement aligné !) une mule jusqu’au refuge. Nous perdons dans l’affaire près de 1h30 et c’est donc vers midi que nous commençons notre approche, sous un soleil de plomb… Fred part comme un bombe (on ne le reverra qu’au refuge !) alors que Claire traîne la patte, pas très en forme. Je ne suis pas au mieux non plus… Nous nous faisons doubler par notre muletier (classique !) mais finissons par rejoindre le refuge Peru (nom hyper original !). Nous nous y restaurons car les 2h30 de montée nous ont donné faim : notre habituel sandwich avocat, tomate et fromage nous fait le plus grand bien ! Mais Claire ne se sent pas en forme : probablement a-t-elle pris une insolation la veille. Nous discutons et optons pour la solution suivante : Claire reste au refuge en pension pour essayer de se refaire une santé et Fred et moi allons poursuivre. Aussi refaisons-nous les sacs pour optimiser matériels et nourriture et partons à l’assaut (si, si, le mot est à propos !) de l’abominable moraine du Pisco. En effet, après une brève mais raide montée sur sa crête, il nous faut plonger dans un gigantesque chaos de blocs, pierres et de sables fort instables, un véritable enfer minéral. De plus, ce dédale se révèle fort paumatoire, car, bien que fréquemment balisé, comment diable distinguer des cairns, qui sont des tas de pierres, sur un fond de pierres et de blocs ? C’est ardu. Nous avançons laborieusement, notre chargement et l’itinéraire ne permettant de toute manière pas d’être bien efficaces. Et comme il y à 8 ans, j’arrive au point crucial de l’itinéraire et ne distingue pas la suite. C’est logique : nous sommes sur un des sommets les plus courus de toutes les Andes, aussi, au point important, l’itinéraire devient-il peu marqué et mal balisé, sinon, c’est pas marrant… Je me plante de nouveau de manière monumentale, n’entendant pas les appels de Fred qui a fini par trouver une vague sente, qui s’avère la bonne. Je me fourvoie donc dans un couloir terreux infâme, fort raide et très exposé… Et, alors que mes grosses gouttes de terreur commence à se clairsemer à la vue du haut de la crête, le sac contenant les mats de tente s’échappe ! Fichtre ! Me voilà donc qui replonge pour un nouveau tour de manège… Parvenu de nouveau à la crête, sauf (ce n’est pas aussi évident que de l’écrire, vraiment !), j’exulte mon soulagement. Fred m’entend et nous nous retrouvons bientôt sur le bon chemin. Le bivouac est alors vite rallié. Il est plus de 17h ! Nous établissons notre camp, à côté de 3 discrets voisins. Le cadre est unique et la vue, sublime :

Nous profitons des dernière lueurs du jour pour contempler les sommet locaux sous les lumières rasantes. Puis nous préparons un repas copieux : il faut avouer qu’avec 2 bouches en moins, nous avons largement de quoi nous sustenter ! Puis nous nous couchons bien vite : demain, le lever sera encore bien matinal, pour ne pas dire fort nocturne. 4h, le réveil sonne. Le thermos a gardé l’eau assez chaude pour notre thé du matin et notre ‘avena’, sorte de porridge du montagnard au Pérou. Nous partons ensuite pour 30 min de moraine, bien marquée et aisée cette fois…, où les grimpeurs venant du refuge sont nombreux, mais peu rapides : nous les doublons tous avant de rejoindre les premières neiges. L’accès au glacier étant facile, nous partons ainsi avant la cohorte, évitant d’attendre dans le froid et la nuit. La progression se fait par des pentes modérées mais en slalomant entre de belles crevasses impressionnantes. Nous atteignons le col alors qu’une brume humide nous voile, créant une ambiance mystique. Le reflet de la lune et les lueurs lointaines des frontales participent à cette belle fantasmagorie. On se croirait sur la lune.

Puis, avec le petit jour qui point, ces voiles se dégagent et font apparaître les profils de célèbres sommets locaux. Nous sommes en forme, avançons bien et jouissons de la montagne quasiment pour nous seuls, chose rare sur ce sommet très couru. Nous surmontons quelques ressauts plus raides, mais toujours courts. Il faut dire que la trace est ‘autoroutière’ et permet d’avancer efficacement. Nous rattrapons bientôt une cordée de trois sur un replat. Le lever de soleil qui embrase les Huandoy est un moment fort.

Puis, les pentes de neige s’enchaînent, nous rapprochant toujours un peu plus de notre objectif. Le sommet est en vue. Au détour d’une crête, nous découvrons les monstres du massif : les Huascaran et leur satellite, le Chopicalqui.

Par les dernières pentes, dont un raidillon fort pentu surplombant le vide de la face Sud, nous sortons au sommet. La vue y est démente, car sise en plein cœur du massif. Je vous laisse seuls juges :

Le panorama est vraiment incroyable et les conditions météo idéales. Nous passons un petit moment à contempler les alentours, comme sur un petit nuage (bien que, comme vous l’aurez constaté, nous avons eu l’immense chance de ne pas avoir le moindre nuage -ni vent !- de toute la course !). Puis nous quittons ce petit paradis pour la redescente, rapides et efficaces car en bonne neige.

Le bivouac rallié, nous plions rapidement les gaules animés par quelques rares gouttes, puis reprenons le chemin (de croix) de la terrible moraine. Les gouttes s’estompent et, là où le sentier s’infléchit pour plonger de la crête, j’établis un cairn généreux afin que d’autres ne se fassent pas avoir comme moi. Je le double même en bas, des fois que… Puis nous galérons dans ce laborieux et labyrinthique dédale dont nous finissons par sortir entre deux pluies de pierres générées par de maladroits Allemands mal conseillés par un guide incompétent. Le refuge nous tend les bras. Nous y retrouvons Claire, à bien meilleure mine, qui rentre d’une balade au lac 69. En effet, remise après un bon repas et une bonne nuit de sommeil dans un refuge confortable, elle s’est jointe à un couple de sympathiques Français pour traverser à flanc de montagne jusqu’à ce beau havre aquatique réputé à Huaraz. Nous partageons nos ressentis autour d’un repas dans l’attente de notre muletier, que j’ai prévu un peu tard. Puis, légers, nous plongeons vers la plaine de Cebollapampa où nous récupérons nos affaires de dos de mule. La chance nous sourit car un chauffeur cherche à compléter son bus. Or, nous n’avons aucun moyen de transport. C’est donc tout naturellement que nous montons à bord pour effectuer les 3h-3h30 de route pour rallier Huaraz, où nous arrivons particulièrement crevés par ce périple tout de même intensif.


Après une journée de repos bien méritée, je convaincs Claire de se projeter sur un sommet de haute altitude. Or, les rares 6000m en conditions en ce moment dans la Cordillère sont ceux « peu » élevés. Exit donc mes rêves de Chopicalqui… Nous jetons notre dévolu sur le Copa, un imposant sommet visible depuis Huaraz qui culmine à près de 6200m. Son ascension se fait classiquement en 4 jours : montée au camp de base près d’un lac, montée à un camp d’altitude par un raide couloir englacé, sommet et redescente au camp de base, retour dans la vallée. Nous passons beaucoup de temps à dénicher une paire de chaussures thermiques de la pointure de Claire. Par chance, ce sera au même endroit que là où nous avons organisé le muletier. Mais, alors que nous bouclons les sacs, Claire ne le sent pas. Le temps de course, l’altitude, le raide couloir, le bivouac sur glacier, … entament son envie. Nous changeons donc nos plans plutôt que de nous projeter dans une aventure qui ne serait plus un plaisir. Ce sera donc direction Los Olivos pour une escalade plaisir au soleil. Après avoir alerté tardivement le muletier, nous repassons au centre-ville pour troquer nos grosses chaussures d’alpinisme contre des « espadrilles » de grimpeurs. Nous sommes sur le caillou en fin de matinée et pouvons profiter du franc soleil sur un rocher mordoré. Les courtes voies s’enchaînent bien et la journée est agréable, bien plus tranquille que le programme initialement prévu.

Le lendemain, nous décidons d’assouvir notre appétit grimpistique retrouvé par l’escalade d’une grande voie au-dessus d’un lac d’altitude. Nous avons loué tout le matériel la veille. Aussi, après un lever matinal et 1h de combi, nous retrouvons-nous à marcher le long de paisibles alpages / andages où paissent de rares animaux.

Le lac d’Antacocha est sis dans un écrin d’herbes jaunies par le soleil sur un décor alpin des plus tourmenté. Nous contemplons le Sud de la Cordillère, sous l’œil du triangle neigeux du Saqsha, altière montagne bardée de crevasses de cette partie du massif. Nous faisons dans le lac le plein d’une eau peu ragoûtante, aux improbables saveurs de citron (?!…) avant que de rallier la paroi. Le départ de la voie est vite trouvée et nous grimpons avec plaisir sur ce rocher type quartzite encore ensoleillé.

Mais les choses se gâtent rapidement, pour tourner au ridicule. Le beau rocher du bas laisse place à une patinoire très mal équipée qui nous emmène dans les cactus… Le vent se met de la partie et nous grimpons bientôt avec la seule envie d’en finir ! Ce sera donc par une grimpe fort peu agréable que nous atteindrons le sommet, heureux de sortir de cette galère… Le cadre exceptionnel de ce coin préservé aura été gâché par l’affreuse ligne du jour. On ne peut pas avoir bon à tous les coups !

Notre dernière activité dans la Cordillère Blanche sera une balade à un lac. Ils sont nombreux et tellement jolis que finir sur une telle activité paraissait « évident ». Aussi, après un lever matinal embarquons-nous dans un colectivo… …d’un tour operator ! Mais cela, nous ne le découvrirons qu’une fois bien engagés sur la route : c’est le prix du bref trajet de S/10/pers (au lieu de S/1,5 à S/2) qui nous a fait tiquer ! Nous sortirons avec les autres et le chauffeur ne nous demandera… …rien, nous pensant avec le groupe ! Sic ! La montée, progressive dans les champs d’herbe jaune, est agréable. Nous progressons vite et arrivons au contrôle. En une heure de plus, nous rallions le lac, aux belles teintes claires allant de bleu au vert. Le lac est dominé par le Nevado Churup et son imposante face englacée de 600 ou 700 m fort raide. Cela donne un cadre idyllique: nous en profitons paisiblement. Il y a 8 ans, je commençais mon séjour dans les montagnes de Huaraz par ma venue à la laguna Churup qu’aujourd’hui  je termine : la boucle est bouclée.

Après quelques déambulations dans Huaraz à flâner et profiter de bonnes tables, nous prenons notre bus de nuit pour Lima. Les 8h de routes tortueuses sont, à défaut d’être digestes, efficaces et économiques. Ainsi rallions-nous bientôt notre auberge dans la capitale. Il s’agit d’une très grande ville, très « occidentalisée ». L’on y retrouve tous les classiques (et travers !) de nos grandes villes Européennes. Nous ne trouverons pas mieux qu’un Starbucks pour y prendre un petit déj’… Le séjour sera bref aussi partons-nous bien vite découvrir un peu ce dédale urbain. Nous allons voir l’océan Pacifique : bien que montagnards convaincus, cela fait du bien de revoir la mer, la dernière fois remontant aux Caraïbes en Colombie à la mi-mai !… L’air marin et son iode font du bien même si le front de mer local n’est pas très sexy. Puis nous allons manger la spécialité nationale dans une ville adéquate : un ceviche, préparation de poisson cru mariné avec jus de citron, oignons et coriandre. Cela se révèle un délice de fraicheur et de saveurs marines agrémenté à point. Les pâtes de la mer sont également succulentes. Un vif succès : nous avons bien fait d’attendre une ville maritime pour se délecter de tels plats ! L’après-midi sera consacrée à poursuivre notre découverte matinale de la capitale, notamment avec une jolie balade avec vue sur mer, entre parcs sportifs et décollage de parapente (sic !). Belle ambiance :

Puis nous retrouvons Fred et Leon, des « Huayhuash pingas », pour aller à une bonne adresse proposée par le local de l’étape, le Limeño Leon. Il s’agit d’un resto fusion japono-péruvien. Sur le papier, ça peut paraître pédant. Dans la pratique, c’est de la folie ! Le panaché de 50 makis offre une explosion improbable de saveurs liée à l’association de deux grands savoirs-faire concernant les poissons et le riz (lol). Ces makis sont vraiment déments, incroyablement originaux, furieusement modernes. Il y en a des aigre-doux, des pimentés, d’autres rappelant de la viande (!), … On se fait vraiment plaisir avec notre coupe de blanc, en bons Français quoi (Leon sera très bientôt un étudiant Parisien) ! La gastronomie Limeña est à la hauteur de se renommée : grandiose !
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Nous nous enfilons ensuite quelques bières malgré la fatigue que le bus de nuit ne manque pas de nous faire ressentir. Puis rentrons nous effondrer dans notre auberge, fin repus. Le lendemain est une journée calme où nous mettons en œuvre notre plan machiavélique pour nous alléger de 3 mois de sacs bien trop lourds pour nos menues épaules. Bien sûr, on aurait pu le donner au premier venu, qui aurait sans doute été fort heureux mais surtout très incrédule. Mais cela aurait :
1/ diablement manqué d’imagination et de classe et
2/ gâché de nombreuses possibilités d’autres aventures verticales.
On a donc pensé à plus savant : charger le copain Fred d’un bagage supplémentaire en soute afin qu’il convoie nos lourds équipements grimpistiques (et aussi quelques autres « joyeuseries » glanées sur la route, avouons-le) jusqu’à Paris. C’est ainsi que nous parviendrons à nous délester de près de 22 kg (sic !) qu’Evelyne, la maman de Claire, aura la gentillesse de nous récupérer à l’aéroport de Roissy. Et ce faisant, le même jour, nous pouvons embarquer fort légers pour Cusco… Merci Fred ! 😉

 

Trek du Huayhuash : plein les mirettes

Après une belle ascension du Nevado Vallunaraju dans la Cordillère blanche, nous sommes remontés comme des coucous et fin prêts pour attaquer un trek de 8 jours, réputé comme étant l’un des plus beaux au monde : le tour de la Cordillère Huayhuash. Nous ne serons pas déçus…, à tel point que nous souhaitons dédier un article entier au déroulement de ce trek.

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Vue du 3ème campement du Huayhuash

26 juillet 2018, départ pour le trek du Huayhuash. 8 jours pour en faire le tour : nous avons préféré opter pour l’option guide (guia), muletier (arriero et burros) et cuisto (cocinera), tout organisé, pour ne pas avoir à porter 8 jours de bouffe sur le dos… Et nous ne regrettons pas notre choix ! Le groupe des « Huayhuash Pingas » (je vous laisse regarder dans le dico et nous ne donnerons des explications qu’en off ;)) était d’enfer. Notre guide péruvien, Cedrick, métaleux et fier de l’être, sonne chez Caroline Lodging pour venir chercher son petit groupe dont nous faisons partie. Chez Caroline, nous sommes 6 à partir. Les français : Laëtitia (infirmière qui vient de la « yhaute », jamais essoufflée et toujours le sourire même après 800m de déniv dans les pattes), Denis (tourain endurant, appelé « la machina » par notre amie Alex), Fred (grenoblois en vacances quelques semaines au Pérou, en mode acclimatation), Alex (la « loca americana » en tentative de rémission de quelques médocs et autres mixtures illicites), et nous ! Nous rejoignons dans le minibus 2 autres françaises : Emmeline (kiné, championne du monde de VTT de descente…) et Lulu (BE de kayak, future AMM, rigolotte à souhaits) ainsi que Leon (péruvien de Lima, un citadin bien dans ses baskets qui nous apprendra les meilleures expressions en espagnol) et enfin Irene, notre cuisinière en chef pour les 8 jours qui nous attendent. Un bon petit groupe en perspective qui envoie du pâté !

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Grupo Huayhuash pingas !

J1, Quartelhuain. La journée est essentiellement consacrée au transport jusqu’au lieu de départ de notre trek : 5 heures de route sinueuse et de paysages qui nous en mettent déjà plein les mirettes. La Cordillère Huayhuash se montre petit à petit et les sommets à 6000 + pointent au loin les uns après les autres (pour ceux qui connaissent le livre et film « La mort suspendue », c’est là-bas que ça se passe, sur le sommet du Siula Grande). Nous passons les derniers villages, Llamac et Pocpa, et payons nos premières dimes : 20 Soles par-ci, 25 Soles par-là… Il faudra nous habituer car les seuls échanges que nous aurons avec les habitants sur les 8 jours ne seront dédiés qu’au versement de la dime (200 Soles en tout – l’équivalent de 50€ – de droit de passages et de campements, versés au compte-goutte, soit 1 à 2 fois par jour, sans « bonjour »… je vous laisse imaginer le côté agréable de la chose…). Le minibus nous dépose enfin… à notre premier campement à Quartelhuain, il est 15h… Nous sommes donc un peu frustrés de ne pas marcher et faisons une baladounette pour nous dégourdir les jambes pendant que le campement se monte (notre arriero, Raul, nous a rejoint avec ses 6 mules). Le campement se constitue d’une tente mess pour manger, d’une tente cuisine où Irene nous prépare ses bons petits plats et de nos 5 tentes. Notre premier repas se fait dans la bonne humeur, et à 20h max nous sommes tous au dodo. C’est que ça caille à 4200 m dans le Huayhuash ! On est mieux dans nos duvets…

 

J2, Quartelhuain – Janca (laguna Micacocha). On se réveille à 6h30, les tentes gelées… Ca donne le ton. Il fait beaucoup plus froid que dans la Cordillère blanche. Un bon petit dej nous attend sous la tente mess à 7h et nous sommes prêts pour décoller à 8h, le soleil pointant le bout de son nez. Cette première journée de marche est progressive, seulement 4h avec le passage d’un col à 4700 m. Au col, la vue s’étend sur une immense pampa avec une rivière rougeoyante qui coule en fond de vallée, mais le paysage est d’autant plus saisissant arrivés au campement : les premiers sommets de la Cordillère Huayhuash dévoilent leur immensité avec le Yerupaja en premier plan (point culminant de la cordillère à 6635m). Après un petit goûter concocté par Irene où nous découvrons les délicieux « tequenos » (doigts au fromage enroulés de pâte), nous partons faire une balade humide vers le lac Micacocha d’où nous pouvons admirer les avalanches dégringolantes du Yerupaja, que nous entendrons aussi la nuit.

 

J3, Janca – Laguna Carhuacocha. Après une bonne nuit de 12h, on se réveille un peu mouillés, le gel de la tente fondant sur nous au lever du soleil… Nous partons toujours à 8h après petit dej et repli des tentes. Un autre col nous attend à 4630 m, il passe bien, le groupe est bien en forme. La descente du col nous mène à la Laguna Carhuacocha, d’une beauté sans nom… avec les 4 magnifiques sommets monstres de la cordillère qui s’exposent en enfilade : Siula Grande, Yerupaja, Jirishanca et Rondoy. Raul, l’arriero, ne veut pas camper plus loin à cause de ses mules fatiguées. Le groupe étant un peu frustré, Cedrick décide de nous emmener faire le tour du lac et de pousser jusqu’au lac suivant pour admirer le bleu turquoise d’un lac glaciaire. Sur le retour, une discussion houleuse a lieu avec un paysan qui veut nous faire payer injustement le passage que nous payerons demain… Nous revenons à notre campement sur les hauteurs du bord du lac, avec une vue 4 étoiles… Nous vous laissons juger :

 

 

J4, Laguna Carhuacocha – Huayhuash. La journée qui nous attend est l’une des plus belles. Nous traversons de nouveau le lac Carhuacocha pour rejoindre le premier lac glaciaire admiré la veille. Ce que nous ne savons pas c’est qu’il y en a 2 autres qui le suivent. La montée vers le mirador des 3 lacs est fastidieuse mais en vaut la peine : 3 lacs glaciaires, tous d’un bleu différent, surplombés par les géants du Huayhuash… Unique ! Nous finissons ensuite la montée du col pour découvrir un nouveau paysage de l’autre côté : de grandes plaines verdoyantes avec de nouvelles montagnes enneigées au loin. Nous descendons dans des mousses vert fluo jusqu’au campement Huayhuash où pas mal de groupes sont déjà installés. Il fait plus froid ce jour-là et Irene nous prépare des pâtes carbo pour le « goûter », un ange… Nous passons une soirée à chanter l’hymne péruvien, c’est la fête nationale ici !

 

J5, Huayhuash – Quebrada Huanacpatay. Nous partons un peu plus tôt ce jour là car la montée d’un col à 5000 m nous attend. Doucement mais sûrement, nous atteignons le col du Trapecio au pied du sommet du même nom (un beau 5600 m dont nous pouvons admirer tout le pied du glacier). De l’autre côté du col, nous trouvons la neige où quelques-uns s’amusent avec une descente à « cul-cul-ski » et les paysages changent encore… les montagnes changent de forme et de couleur, passant aux orgues et à l’ocre avec un nouveau lac turquoise à leurs pieds. Le groupe fatigue un peu et l’arrivée jusqu’au camp avec la traversée d’une longue vallée verdoyante est bienvenue.

 

J6, Quebrada Huanacpatay – Huatiaq. Cette journée nous mène jusqu’au seul village croisé de tout le trek, Huayllapa (seul ravitaillement, possible pour ceux qui partent en autonomie). Quelques-uns du groupe y descendent pendant que nous autres attaquons la montée fastidieuse en plein cagnard qui nous mènera au prochain camp. La montée est raide sur 800m de dénivelé, c’est donc bien fatigués que nous arrivons au camp de Huatiaq où Irene nous a encore concocté un plat bien raffiné avec des épines de cactus récoltées sur le chemin utilisées pour fermer des petits chaussons de viande. Une chef, une vraie !

 

J7, Huatiaq – Laguna Jahuacocha. La plus grosse journée du trek, 2 cols à passer, nous partons donc une heure plus tôt, 7h. Le premier col nous mène jusqu’au lac du Diablo Mudo où les groupes se séparent. Les écarts de niveau se creusent un peu et les premiers prennent une bonne heure d’avance sur les derniers, surtout qu’une petite mésaventure  de perte de portefeuille dont nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire font perdre un temps précieux aux mules. Les premiers attendent donc les derniers au second col en se pelant les miches… ce qui crée quelques tensions. Mais rien de bien méchant, surtout lorsque nous apercevons la vue de notre dernier campement au pied de 2 lacs surplombés de nouveau par le Yerupaja que nous voyons désormais de l’autre côté, la boucle est bouclée… les sourires reviennent. Nous prenons ici la seule et unique saucée du trek sur la tête, pile poil arrivés sous les tentes. Nous passons cette dernière soirée à manger les petites truites du lac, dont une pêchée par Emmeline !

 

J8, Laguna Jahuacocha – Llamac via le passo Mancan Punta. Dernier jour du trek, après un petit dej « panqueque », nous avons convaincu Cedrick de faire une petite variante à son itinéraire proposé. 2 groupes se forment alors, un qui part directement vers le village de Llamac par la vallée et un autre qui passe par le village de Pocpa avec la traversée d’un col à 4600 m qui nous offre une dernière vue démente sur la cordillère. Nous choisissons le deuxième, un peu plus sportif, mais tellement beau ! Nous dégringolons les 1100 m de dénivelé négatif à la vitesse du son pour rejoindre le deuxième groupe à l’heure ! Le bus nous attend à 13h pour le retour à Huaraz…

 

Arrivés à Huaraz, nous partageons un taxi avec les copains du groupe pour revenir chez Caroline Lodging et partager également une chambre avec Laëtitia et Denis. Le trek, ça crée des liens ! Mais la journée n’est pas finie… Nous avons rendez-vous à 19h avec tout le groupe, Cedrick et Irene en ville pour boire un Pisco Sour (le cocktail local) et partager tous ensemble une bonne bouffe après ces 8 jours de trek passés ensemble.