Bolivie, entre lacs, Cordillères et volcans

Nous quittons Cusco après s’être fait fort plaisir une dernière fois de quelques plats bien locaux : raclette à la viande de lama séché, crêpe au caramel beurre salé… La gastronomie Péruvienne incarnée !… qui a du bon, avouons-le !
Le bus de nuit nous permet d’arriver au petit matin sur les rives du lac Titicaca sans faire escale à Puno, au charme semble-t-il limité. Le passage de frontière se fait facilement et nous débarquons bientôt à Copacabana. C’est une ville touristique, pleine de backpackers venus de tous horizons arpenter les rives du lac le plus haut du monde.

 

Nous dépensons nos premiers Bolivianos pour prendre cafés et grignottes près du port en attendant notre bateau. Puis, en 1h30 de calme navigation, nous rallions l’Isla del sol. Également très courue, elle regorge d’hôtels et de gargottes. Mais, outre qu’elle porte fort bien son nom, elle offre surtout une vue démente sur la Cordillère Royale toute proche :

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Isla de la luna qui s’embrase et Cordillère Royale au couchant

Nous déposons nos volumineux sacs à notre petit hôtel et profitons :

 

 

Puis, une balade nous permet de nous délecter de l’incroyable calme qui règne sur cette île. En effet, malgré la fréquentation, la sérénité est ici le maître mot : seules une légère brise et des mouettes viennent perturber l’agréable silence régnant ici. Nous sommes on ne peut plus contents de profiter d’une telle ambiance reposante après le frénétique Pérou. Serait-ce un pays plus apaisé ? Nous ne tarderons pas à le découvrir. Nous savourons l’instant.

 

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Presqu’île de Copacabana depuis l’île du soleil

Malgré la fermeture de la partie Nord de l’île (pour cause de litiges touristiques entre les communautés du Nord et du Sud), nous sommes subjugués par ce cadre enchanteur. Une courte balade nous en esquisse les motifs : des terrasses surplombant le bleu de l’eau, de nombreux belvédères sur l’Illampu et l’Ancohuma, la magnifique île colorée de la lune et des ruines Incas au bord du rivage,… le tout dans un calme olympien.

 

 

De retour sur la terre ferme, nous embarquons pour La Paz. Le trajet de fin d’après-midi est déroutant : les ondulations du relief offrent des vues surprenantes sur le rivage et les sommets environnants. Mais surtout, ce lac est interminable ! Nous passons plusieurs heures à le longer, puis à le traverser en bac (improbable), sans que jamais il ne finisse ! Le bus traverse ensuite l’Altiplano, une gigantesque pampa perchée à près de 4000m d’altitude. Cela nous mène à El Alto d’où nous découvrons une superbe vue plongeante sur La Paz. Belle entrée en matière ! Par une très raide descente, nous atteignons le centre ville, puis notre auberge.

Pragmatiques, nous commençons notre escale urbaine en allant dans la rue des agences pour préparer une sortie montagne. On y trouve pléthore de tour operators, tous meilleurs les uns que les autres…. ou plutôt forts incompétents : pour certains, je dois les corriger sur les voies d’ascensions locales, alors que c’est la base de leur business… Bref, après avoir consulté 3 pareils charlatans, nous arrêtons là les frais et partons arpenter la ville. Cela sera à pied, car le trafic est ici des plus denses. A deux pas, nous découvrons le marché des sorcières, avec ses poudres de perlinpinpin, pierres magiques, reliques mystiques, cartomanciennes et autres fœtus séchés de lamas… Déconcertant !

 

 

Puis nous montons (c’est systématique à La Paz !) afin de prendre la ligne jaune du téléphérique (devenu emblématique à La Paz, une petite révolution pour la ville), mais elle ferme juste avant notre venue pour maintenance… Qu’à cela ne tienne, nous continuons de prendre de la hauteur et jouissons ainsi d’une superbe vue sur la ville depuis un belvédère :

 

 

Nous sommes en plein dans le quartier Sopocachi, la zone Sud et chic de la ville. Les rues sont très calmes ici (d’un autre côté, on est dimanche…) et la vue plutôt sympa.

 

 

Nous redescendons puis remontons (tout est en pente, ici !) pour aller à la place Murillo. Tout le pouvoir y est concentré : le Parlement, bâtiment à moitié en ruine en réfection, la cathédrale avec sa façade néo-classique attenante au palais présidentiel surmonté par la toute fraichement inaugurée Casa del pueblo, gratte-ciel improbable et ruineux, lubie du célèbre président Evo Morales. Et comme si cela ne suffisait pas, les banques, ministères et Conseil régional sont tous dans l’environnement. Mais l’ambiance sur la place reste détendue, paisible même.

 

 

 

 

Le lendemain, nous allons voir un ami d’ami gérant d’une agence (merci Thibault !). Le contact est tout de suite beaucoup plus sérieux et engageant. Nous discutons ensemble des options possibles pour aller en montagne. Et dans l’attente de la proposition, nous allons faire nos amplettes dans les nombreuses boutiques d’artisanat qu’offre le quartier. Nous ne manquons pas non plus de goûter la spécialité locale, la salteña, sorte d’empanada sucrée salée fourrée de moult ingrédients dont viande, oeuf, légumes,… Le devis reçu, nous n’hésitons guère longtemps à le valider et nous nous retrouvons vite de nouveau chez Michael pour essayer chaussures et pantalon d’alpinisme. Le départ est donné pour le lendemain 7h. Ne nous reste plus que les sacs à boucler !

Macario, notre guide passe nous chercher à l’hostel puis nous allons récupérer matériel technique et nourriture à El Alto. Nous faisons connaissance avec un gars discret alors que les kilomètres défilent sur l’Altiplano. Nous sommes à 4100m d’altitude sur une vaste zone aride assez vallonnée. Au loin, les sommets de la Cordillère Royale apparaissent peu à peu. Nous empruntons bientôt une piste de terre et nous enfonçons dans la montagne. Les fermes perdues y sont nombreuses, avec leurs troupeaux de lamas, d’alpagas et de moutons. Après 1h15 de cette portion cahoteuse, nous coupons enfin le contact. Le cadre est très sauvage et fait penser à des pâturages d’alpages. Nous mettons le chargement de la voiture à plat et nous rendons vite compte qu’il nous faudra passer par des mules, ce que Mac nous arrange vite fait bien fait. Nous montons donc légers jusqu’au camp, au pied d’un beau lac d’altitude avec vue sur les principaux sommets du coin. Les mules arrivent peu après pour nous offrir de quoi nous restaurer. L’heure est alors trop avancée pour envisager d’aller au Pico Austria aussi optons nous pour… la sieste ! Efficace au point d’en oublier de se lever pour filer un coup de main à Mac : il devra venir nous réveiller pour… mettre les pieds sous la table !… Repas copieux puis vite, à la tente.

 

 

2h : le réveil sonne… Et oui, la montagne a quelques inconvénients ! Le petit déj’ est vite digéré sur la moraine, suivant le rythme tranquille de Mac. Puis le glacier arrive, avec ses pentes assez soutenues et ses belles grosses crevasses. La progression est rapide et nous rattrapons le guide Argentin et sa cliente juste au sommet du Pico Tarija pour jouir du lever de soleil. C’est un moment fort. Imaginez l’astre rougeoyant apparaissant juste derrière l’altier profil du Pequeño Alpamayo, révélant son allant tout en embrasant le glacier de tons orangés. Splendides instants.

 

 

Nous enchaînons par une brève descente puis attaquons l’arête. Elle est fort redressée et en neige moyenne (pas mal de glace). Or, la pente, déjà raide, se raidissait encore… Nous y passons beaucoup de temps, d’autant que Claire souffre de chaussures trop grandes. Mais l’ambiance est au rendez-vous et nous motive à poursuivre, la sécurité étant bien gérée par l’efficace Mac.

 

 

Le sommet est atteint après 2 bonnes heures de bataille nivale. La vue est au top :

 

 

Nous profitons, seuls en haut, la Cordillère s’étalant devant nous.

Sommet panoramique
Sommet panoramique

Puis nous abordons la descente : désescalade délicate et sur la corde au rendez-vous. 2h de plus pour rallier le Pico Tarija et contempler notre esthétique arête.

 

 

 

 

Puis c’est ensuite rapide jusqu’au camp.

 

 

Nous nous y régalons une fois de plus du repas préparé par Mac. La bronzette café terrasse sera de mise pour cette fin d’après-midi ! Avant que de nouveau nous nous restaurions copieusement et nous mettions bien vite dans nos duvets.

2h : le réveil sonne…  Mais cette fois je me lève seul, laissant Claire dormir un peu plus longtemps. L’expérience de la raide arête ne l’a pas convaincue et surtout, ses chaussures la gênent trop pour remettre le couvert aujourd’hui. Le petit déj’ avalé, nous partons avec Mac à l’assaut de la moraine puis d’un raide couloir peu agréable. Le glacier est vite remonté et, au lever du jour, nous sommes au pied de la tour sommitale.

 

 

Nous optons pour l’arête mixte (rocher + neige), qui semble fort esthétique. Mais nous tombons vite sur des conditions de neige délicates (euphémisme montagnard : en clair, neige pourrie !) associées à du rocher interactif (ndlr : pile d’assiettes) ! C’est donc avec force, concentration et une infinie délicatesse que nous progressons dans ce terrain miné. Les longueurs sont courtes et la tension, palpable. Mais Mac est prudent : nous sortons à la brèche sans problème, ayant juste dépensé pas mal de temps et d’énergie.

 

 

La suite de l’arête, tout aussi belle mais plus aérienne encore, réserve des passages forts esthétiques que nous avalons bien vite car en meilleure neige. Le sommet nous tend les bras…

 

La vue est ici encore plus panoramique que la veille. Sans vent et en plein soleil, la petite polaire me contente alors que je me pavane devant la Cordillère, les lacs d’altitude, le lac Titicaca et l’Altiplano. On distingue même les volcans de la frontière Chilienne !

 

Vue vers l'Ouest et l'altiplano gigantesque
Vue vers l’Ouest et l’altiplano gigantesque

Claire est alors en pleine grimpette. Partie vers 7h, elle est dans la partie finale de son ascension du Pico Austria, petite montagne (5350m…), en face de la notre, sans glacier. La vue y est également époustouflante :

Massif du Condoriri depuis le Pico Austria
Massif du Condoriri depuis le Pico Austria

La descente nous permet à chacun de savourer ce décor sublime, entre pics acérés plein de glace et altiplano Andin.

 

Redescente de la moraine
Redescente de la moraine

Mais cette phase est rapide et nous sommes vite rendus au camp où nous démontons la tente et mangeons pendant que la mule nous rejoint. Nous redescendons ainsi légers.

Proposition de retour éco-responsable ?
Proposition de retour éco-responsable ?

La route, aussi belle soit-elle, nous endort quelque peu : après deux réveils forts matinaux, le retour est un moment de relâchement et nous somnolons bien vite… Le retour à La Paz se fait dans le bruit, les bouchons et la pollution : le contraste avec notre petit paradis de calme montagnard est fort ! Mais la vue est ici encore étonnante : cette cuvette urbaine de briques et d’adobe surmontée par les 3 nevados protecteurs de la ville (Illimani, Mururata & Huayna Potosí, objectifs d’une prochaine visite ?) dégage vraiment quelque chose.

Le lendemain, nous voulons profiter d’une journée de repos pour découvrir la ville. Mais c’est sans compter les retrouvailles avec notre ami Picard, Gauthier ! Nous trainons donc à discuter en buvant de la bonne bière (Niebla : enfin une boisson houblonnée digne de ce nom, et en pression s’il vous plait). Puis, nous organisons un trip vers les volcans du Centre Est du pays, aussi ne découvrons-nous guère la ville ! L’apéro continuera le soir à l’auberge, en attendant la livraison du matos de location…

Panoramique de La Paz
Panoramique de La Paz

Après un lever matinal, nous nous échauffons en marchant avec nos gros sacs jusqu’au terminal. Le bus confortable nous emmène progressivement vers des steppes d’altitude, traversant l’altiplano puis bifurquant vers l’Est. Nous découvrons de superbes paysages arides parsemés de blocs rocheux volcaniques aux formes les plus diverses. Les reliefs rappellent un peu le granite de Bavella (Corse) travaillé par les vents et l’eau salée. C’est un petit coin de paradis pour grimpeurs (de bloc essentiellement) ! Puis nous découvrons la star locale, le volcan Sajama: du haut de ses 6540m, il domine cette vaste plaine salée (prémisse des salars plus au Sud ?) de son imposant relief enneigé. Il est entouré d’une noria de volcans formant la frontière avec le Chili voisin, tous avoisinant les 6000m… Deux sortent du lot : les Payachatas (pics jumeaux en aymara), Parinacota et Pomerape. Voyez pourquoi :

 

 

Nous avons été accueillis par un combi au sortir du bus. Aussi, les affaires déposées dans notre auberge, nous sommes rapidement dans le village, tant pour y prendre un café en compagnie d’un couple de Grenoblois (doudounes obligent !) que pour savourer la vue démente qu’offre ce bled au milieu de nulle part. A vous d’en juger :

 

Puis nous partons pour les thermes. 7km de piste plane (mais à 4100m tout de même !), me permettent de convaincre Claire d’aller le lendemain tenter le Parinacota et son cône enneigé parfait. Il donne trop envie. La marche nous permet de contempler le Sajama sous ses diverses faces. Impressionnant quand même, ce sommet. Puis nous profitons d’eaux chaudes ferrugineuses et soufrées (à l’odeur caractéristique d’œuf pourri  !) avec vue sur le Sajama et les lamas qui paissent à son pied… Le pied !

 

Le retour se révèlera un peu fastidieux : 7km, c’est long en fait ! Puis nous sympathisons et prenons l’apéro avec un couple de Parisiens avant de nous faire à manger, seuls radins à ne pas se restaurer à l’hôtel… Mais la plâtrée de pâtes du randonneur est efficace et, le sac bouclé, nous sommes vite allongés pour quelques heures de repos.

Car un nouveau réveil dès potron minet nous attend : après un bref petit déj’, nous nous réfugions dans le 4×4 d’Ariel accompagné de son jeune frère (cousin ?). 1h30 de montée sableuse nocturne dans un no man’s land nous mène à l’improbable refuge, où nos pires craintes se confirment : il y a du vent. Une douce brise… de 55-60km/h constante avec des rafales à 70-80km/h nous gifle en pleine face ! Nous luttons dans le noir complet : la lune est cachée et la cendre est noire. Et on en prend plein la gu… : les yeux et la bouche sont emplis de cette cendre volcanique légère que le vent soulève, un vrai régal !… C’est donc logiquement que nous faisons demi tour. Nous redescendons notre maigre dénivelé en… 15min ! La cendre a ses bons côtés ! Et réveillons nos chauffeurs, en fait ravis de rentrer dormir au chaud… Le lever du jour est agréable, mais gâché par la déception qui nous anime : ce sommet à l’air tellement beau ! Mais au final, il n’y a pas de regret à avoir car ça a soufflé fort toute la journée. Nous avons donc bien fait de renoncer… et de nous recoucher ! Ce sera une bonne occaze de revenir se balader dans ce magnifique parc naturel du Sajama ! Via notre bon petit Ariel, nous resortons du parc vers midi afin de prendre un bus au niveau de la frontière Chilienne. Nous avons en effet la chance de tomber direct sur un bus avec 2 places dispos… Aussi, 5h plus tard sommes-nous rendus à notre petite auberge proche du centre, encore tout émus de notre aventure désertico-volcanique. Et c’est là que les copains cyclo de Cusco (Gauthier, Evelyne et William) font vibrer nos téléphones.

Nous les retrouvons le lendemain pour une visite de la ville, en téléphérique je vous prie ! Car La Paz est célèbre pour ce moyen de transport ultra-moderne, installé depuis 4 ans et toujours en cours (bientôt 11 lignes !). Et ce city-tour des airs s’avère fort instructif.

 

 

 

Et c’est après ce moment convivial partagé avec nos amis cyclistes que nous quittons cette grande métropole pour aller trouver plus au Sud une ambiance désertique faite de salars et autres étendues arides… Après un dernier regard sur la ville :

 

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